vendredi, 04 avril 2008

BREIZH CONTACT

mercredi, 21 novembre 2007

Otherness


Voilà un bon projet : le rallye Québec/France avec de jeunes reporters, documentalistes de qualité. Français au Québec, Québecois en France. A la rencontre des gens. Et des gens plutôt intéressants... Des arbres aussi.

"Il y a ce qu'on sait des sorcières.
Il y a ce qu'on croit savoir

Il y a ce qu'on imagine.
Ce qu'on invente.

Il y a ce qu'on sait.
Ce qu'on croit savoir.

Jeannine est un être surprenant. Elle se dit elle-même sorcière. À 87 ans, elle ne prend aucun médicament, sinon quelques suppléments alimentaires naturels. Elle vit seule dans une maison vieille de plusieurs siècles et remporte un prix au concours «Fleurissons le Lot», année après année. L'été, donc, elle remplit sa propriété de fleurs et l'hiver, qu'elle passe dans la ville de Cahors, elle pare des vitrines de Noël de décorations. Mais toute sa personnalité ne tient pas à ces quelques détails... Peu s'en faut."

jeudi, 01 mars 2007

"Editions Danger Public" à mettre entre toutes les mains.


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Lecteur référent depuis peu pour cette maison d'édition (excusez du peu) à la politique éditoriale politiquement claire et ouverte au débat, j'en profite pour faire leur pub. Cliquez sur la bannière pour visiter leur blog.




Danger Public est une maison d’édition française créée en 2002 par Philippe Moreau (journaliste né en 1973). A l’origine, elle avait pour objectif de publier des textes sur deux supports : le papier et l’Internet. Le nom « Danger Public » est d’ailleurs une référence à une phrase de Françoise Giroud publiée dans les colonnes du Nouvel Observateur : « L'internet est un danger public puisque ouvert à n'importe qui pour dire n'importe quoi ».




Source: wikipédia 




Etant un peu n'importe qui et professant n'importe quoi, je tâcherai prochainement de livrer quelques notes de lecture concernant leurs dernières publications. surtout l'excellentmedium_Couv_Lettreouverte.jpg




 

mercredi, 28 février 2007

"La raison du plus faible" en temps d'élection.


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medium_la_raison_du....jpgQuel bruit ça fait le désespoir des pauvres ? Je le connais pourtant ce bruit, non c'est pas dans le feutré, c'est pas l'écho de la souffrance sur un plateau où "100 gens de tous les jours" s'émeuvent et s'étalent face à des candidats au changement, non le désespoir c'est silencieux, c'est refoulé, c'est petit comme un pépin au dedans, dense comme un noyau atomique, ça menace de péter, de partir en vrille, mais ça se tient, ça sert les dents, le désespoir ça a de l'honneur et quand y'a plus rien à espérer, quand à force de dire "on verra venir" on sait même plus ce qui doit venir. C'est digne voilà ce que c'est. Comme ce RMIste contraint de creuser lui-même la tombe de son père faute de monnaie sonnante et trébuchante. Les croquants aiment s'émouvoir, se réveillent quand les images sont spectaculaire, quand la misère est catastrophique, noyée sous les eaux, alignée sous des tentes rouges. Mais à la vérité c'est petit la misère, c'est fait de petits riens et d'entraide, c'est des jardins ouvriers c'est le gars tout seul qui surveille sa chaine, le bruit  des bouteilles qui s'entrechoquent, tintement du verre. L'oeil aguerri pour traquer celle qui sort du rang, la bouteille couchée qui menace le cheminement de l'ensemble.




Les mots des candidats ça pèse que dalle  face à la misère du jour le jour, au trimard du jour le jour, sans plus rien comme raison d'espérer sinon d'imaginer qu'entre  un casse et le loto y'a ptet une solution. les fragiles, les soumis, les étiquetés, les jardins ouvriers, y'a dans ce film une chose qui crève  les yeux : Rien  ne change vraiment , la pauvreté ça se prononce différemment, ça s'anglicise, on fait des "working poor" mais  ça  pue  toujours l'ennui, l'humiliation, l'espoir décu. Y'a dans ce film, les remerciés de la grande industrie, les diplômés sans job, les ex-taulards grillés tentant de se réinsérer sur le fil, y'a une boule dans la gorge. Parce que c'est quasiment de la tragédie grecque, un destin sans porte de sortie, malgré l'orgueil et la rage de s'en sortir. C'est inutile de raconter l'intrigue : en gros,  y'a des gars qui voudraient payer une mobylette à un pote pour que sa femme se crève plus à prendre le bus pour aller à l'usine.  Et comme toujours, quand on n'a pas le pognon l'imagination fait le reste, ça nous parle du phénomène des vases communicants, le trop plein d'un côté et rien de l'autre. C'est silencieux le désespoir, c'est Lucas Belvaux en "taiseux" malmené par la vie. Rude mais juste.  




Le DVD sort le 8 mars  si vous aviez aimé la trilogie Cavale, Un couple épatant, et Après la vie vous retrouverez la même intensité sincère.

mercredi, 21 février 2007

Mentir. Télévendre.



podcast

 
medium_bloody_flat.jpgCet après-midi vers 16 heures je me suis levé de ma chaise. Un vent froid a traversé mon petit espace confiné trouant la moiteur agitée de la ruche. Ca faisait bien 10 minutes que j'observais mon écran sans esquisser le moindre geste, un bourdonnement incessant dans l'oreille, un mal de crâne montant de très loin, pas seul non, mêlé à de l'écoeurement aussi. Un trop plein, plus qu'un bourdonnement c'était proprement aussi asphyxiant qu'un claquement de milliers d'ailes de chauve-souris dans une salle blindée de néons. Mal de crâne et bourdonnements, 40 Dominique Lepage, assis devant leurs écrans, casques sur les oreilles tous comme un seul homme poursuivaient leur harcèlement téléphonique : "Dominique Lepage Bonjour, Dominique Lepage Bonjour, Dominique Lepage Bonjour...".


Avant mon départ je n'avais passé que 60 malheureux coup de fils, pris 6 rendez-vous, une broutille pour tout dire. Moi Dominique Lepage parmi les Dominique Lepage puisque la règle veut qu'on commence toute conversation par un mensonge : un faux nom identique pour chacun, avec un prénom mixte pour éviter les méprises.


Les compagnies d'assurance explorent chaque jour de nouveaux Eldorados. Elles sont les rois du pétrole, dans une société où la peur dicte une majorité des démarches du consommateur, elles offrent des garanties fiscales, sécuritaires, parce que le monde est plein de voleurs, d'imprévus, de fâcheux prêts à vous faire un procès pour un oui pour un non. Un avenir fragilisé c'est la garantie de nouveau "prospect". Et par ailleurs elles ont maintenant développé leur volet banque, retraite par capitalisation. Les compagnies d'assurance indiquent la voix, elles anticipent sur notre futur proche et pour baliser le terrain elles recrutent via des prestataire des télévendeurs, niveau bac + 2 nécessaire, à 1000 euros par mois, du bétail mal payé, formé gratuitement au marketing direct et lâché dans la mêlée.


J'étais curieux d'essayer ce job de plus et puis c'était la seule opportunité du moment.  Je trimballais mon "Droit à la paresse" de Lafarge dans la poche revolver, un Charlie Hebdo sur le tableau de bord de ma caisse aussi, histoire d'afficher ma ferme hostilité à l'agitation de cette antichambre néo libérale. Après avoir passé les barrages : entretien téléphonique, formation non rémunérée s'apparentant à du bourrage de crâne façon Programmation Neuro-Linguistique. J'ai tenu bon, 2 jours seulement. Et puis un éclair de génie : je ne peux pas faire ça, je boufferai des nouilles le temps qu'il faudra mais non, les gens ne méritent pas que leur téléphone devienne un bouche ouverte sur un puit de bizness. La pub s'insinue partout mais de là à participer à la grande messe de l'hypocrisie ...


medium_télévente.gif"Faites sauter les freins psychologiques du client et les votres !" Le terme de frein psychologique désigne tout ce qui pourrait mettre des bâtons dans les roues à l'optique de vente. Un frein c'est votre éthique, votre morale. Pourquoi vendre à un chômeur qui n'a pas d'argent ? Là vous avez un frein, vous vous identifiez, grosse erreur. J'ai d'ailleurs vu quelques collègues s'épancher en remerciements baveux : cette formation express les avait révélé à eux mêmes : "mince je n'avais pas conscience de mon surmoi, vivement que je fasse sauter les freins pour aller vers le zéro scrupule !" Manière lavage de cerveau et secte stressos : chasser aussi "notre tendance socialisante" c.a.d notre part d'humanité. On débiterait mécaniquement comme des perroquets pour coincer le prospect, l'amener dans l'entonnoir quoi qu'il fasse. Contraint et coincé par la nécessité de faire du chiffre.


Ce genre de métier tourne autour d'un vocabulaire, d'un jargon, développé par des psychologues de l'école américaine qui pour aller vite cherche à manipuler  le client comme Pavlof stimulait son chien. D'une part on ne prend pas le client pour un lapin de 6 semaines, non ces gens là ont des émotions. Toujours respecter le gibier sinon il vous sent arriver. En plus de venir déranger les clients chez eux il restait ensuite à les traquer comme on coince une poule au fond d'un poulailler, c'est la technique de l'entonnoir. Ami fragile, timide, fatigué de répondre au téléphone sache que l'entonnoir est ton second chez toi. Sitôt développé l'argumentaire de vente et les plus produit le sourire téléphone viendra te cueillir toi le pigeon qui n'aime rien tant "qu'on te parle de toi" . On ira jusqu'à reprendre tes mots, traquer le SONCAS pour Securité Orgueil Nouveauté Confort Argent Sympathie car avec le PPISS rien n'est impossible.


POLITESSE   . La prise de contact est un papier cadeau.


PRESENTATION   Amusez-vous ! 


IDENTIFICATION Je comprends


SYMPATHIE


SOURIRE 


 au préalable on aura banni de son vocabulaire tous les mots noirs : "ne pas , petit, problème, ne vous inquiétez pas, non, souci"


En réfléchissant il s'agit bien de parler à moitié, d'éviter les malentendus alors que le langage même se base sur l'incompréhension et sur la nécessité de négocier en société pour se comprendre. Non il n'est pas question de négocier  mais de vendre, si vous laissez le choix, le client dira non. Donc si on résume des chômeurs n'ont pas le choix : ils acceptent un sale boulot faute de mieux, les particuliers n'ont pas le choix ils décrochent leur téléphone, les actionnaires des compagnies d'assurance n'ont pas le choix : il doivent engranger des dividendes pour... pour quoi déjà ? Ah oui pour se préserver dans un monde de moins en moins sûr. Et ainsi de suite... Les candidats à la présidentielle ont remis la valeur travail au milieu de leur préoccupation. Mais de quel travail s'agit-il au juste ? 




la méthode en ACIERmedium_470_cellphone2_0.jpg


Accepter : "je comprends"


Creuser : "qu'est-ce qui vous retient ?" 


Isoler : "c'est bien la seule chose qui vous gêne"


Eclairer : " alors je vous rassure ... c'est sans engagement"


Relancer : "alors que préférez-vous ? En début ou en fin de semaine ?"


 


Désormais vous êtes cernés. Ne répondez plus au téléphone !


Prochainement EL Fernando blanchisseur. 


Musique : Cold Wind/Arcade Fire 


 

mardi, 06 février 2007

Hommage à Philippe Noiret


En passant voici une adaptation personnelle d'un dialogue extrait d'"Uranus" de Claude Berri ou Philippe Noiret avec son phrasé, posait musicalement un long monologue, expliquant le drame et la philosophie de son "bon" personnage observant les humains et leurs jeux "anodins" en temps de guerre.medium_uranus.2.jpeg L'instrumental accompagnant est de IV my people et BOSS "le clash". (Cliquez sur podcast et n'hésitez pas à monter le son)

 Respect au Grand seigneur.



podcast

 
 Et les mots de Jean Rochefort.







vendredi, 10 novembre 2006

Scénario au long court. Concours.

10e anniversaire du festival international des scénaristes !
28 mars au 1er avril à la Maison de la Culture de Bourges.


A ceux qui participent où souhaiteraient participer , il reste 5 jours, dernier sprint avant la clôture de l'appel à candidature pour la quatrième rencontre européenne de l'écriture pour l'image. Je planche, vous planchez, nous planchons... là-haut la bande annonce du festival d'il y a quelques années.medium_affiche-festival2006.jpg

Et içi la musique sur laquelle je compose mes dernières gammes d'apprenti pressé par le temps. Merci à Léo ferré pour son soutien de là où il se trouve. Et à ceux qui planchent et espèrent...
Dionysos_Thank_you_Satan sur l'album Avec léo

podcast

lundi, 23 octobre 2006

Lueurs dans l'obscurité. "Kekexili" et "Les fils de l'homme"

On m'a raconté un nombre invraisemblable d'histoires, j'en ai oublié beaucoup. Les deux dernières sont des paraboles sur une humanité en train de se cogner à son destin. Non, des illustrations réalistes plutôt, des destins d'humains friables, contraint à un instant précis de prendre une décision importante pour une cause. Cette cause pour "les fils de l'homme" c'est rien moins que la survie de l'humanité.
Cette nervosité là il là connaissais trop. Du moins il en connaissait les prémisses, les effets, l'incomfort de ses accents. A lutter contre cette intranquillité il s'épuisait dès l'aube et passait ensuite des journées possibles peut-être, à demi-éveillé. Dans une sorte d'hypnose implacable diluant le temps entre deux fenêtres de lucidité. Il était cet ours au fond qui, d'une dernière hibernation a choisi de ne pas revenir. medium_children_of_men_14.jpg












Tel est le personnage joué par Clive Owen dans le dernier film d'Alfonso Cuaron : "Les fils de l'homme." Choqué par l'ampleur du chaos qui l'entoure, par la complexité des choses il ne s'implique plus, persuadé que sa contribution ne serait qu'une goutte d'eau dans un océan de chaos. Il faudra plusieurs chocs pour qu'enfin il se revéille et s'invente un destin. C'est actuel, non seulement parce qu'on y brasse de la matière future à court terme, le héros pourrait être né en l'an 2000. En 2027 sur une planète promise au chaos puisque les femmes ne peuvent plus donner la vie il est question de quelques plans séquences pour mettre en perspective le destin d'une personne avec un but, une mission au milieu du chaos et de la violence . Ce serait pour ainsi dire un reportage en pleine débâcle, en pleine effusion instinctive. Un concentré de ce que sont toutes les guerres civiles. Le film très abouti visuellement nous présente un futur justement réaliste, un futur qui d'une certaine façon ne serait qu'une agravation de nos maux actuels : destruction écologique, fanatisme, terrorisme, obsession de la sécurité et du contrôle. Quand "1984" en son temps nous renvoyait l'image de nos sociétés d'information sous contrôle, contrôle de la pensée avant tout. "Les fils de l'homme" nous renvoit l'image dune humanité gémissante, constatant sa perte de repère, perdue et fonçant dans le mur le plus vite possible comme s'il lui tardait d'en finir. le personnage joué par Michael caine est comme une balise rassurante au milieu du chaos de cette Angleterre faciste. Vieux baba, réfugié au fond de sa forêt, accroché à ses vieux principes, à sa musique, à ses joints... Ce film anticipe brillament sur ce qui arrivera si la dérive se poursuit, mais malgré le chaos il porte un message d'espoir.

"Kekexili, la patrouille sauvage" est un choc. Inspiré de faits réels il y est question de la lutte entre les braconniers d'Antilope tibétaine dont les agissements menacent cette espèce de disparition et une poignée de patrouilleurs, guidé par un chef jusqu'auboutiste entre 1993 et 1996. Contrairement à ce que nous vend la bande-annonce américaine il n'est pas question d'un peuple qui se révolte dans des paysages splendides pour la survie de sa culture. Non, le propos est bien plus complexe et donc réaliste. Pas de Tibet de carte postale. La scène d'ouverture résume le film. On abat les antilopes et les hommes avec le même sang froid, leurs vies ont la même valeur. c'est comme-çi la nature tranchait quoi qu'il arrive. La valeur de la vie dans cette région est toute ralative, il n'y a pas à en discuter. La nature fait son oeuvre, on dépèce les cadavres pour les vautours, que la chair alors retourne à son cycle. Ce qu'il y a de commun avec "les fils de l'homme" c'est l'atmosphère de tension, l'état de guerre permanent, l'abscence de paix possible sans sacrifices. Dans Kekexili un journaliste qui permettra à l'histoire d'émerger suit la patrouille, oeil extérieur il n'intervient pas. C'est le point de vue objectif de l'innocence que porte le nouveau-né dans "Les fils de l'homme". Mais à trop faire des parallèles on ne dit rien de vraiment essentiel, le seul intérêt au fond dans la confrontation de ces deux oeuvres c'est l'idée qu'elles portent de l'espoir, au milieu du chaos, de l'injustice, peu gardent des repères, mais tout se passe comme si l'intégrité de quelques uns étaient le gage d'un avenir meilleur. Très Christique comme morale, mais c'est là qu'est la modernité de jésus, il avait peut-être saisi un peu du sens de l'Histoire de l'humanité, elle n'avance qu'au prix de sacrifices et de mise en danger pour lentement, péniblement ouvrir les yeux.medium_kekexili.4.gif

samedi, 21 octobre 2006

Les Straub, Bouna et Zyed un an plus tard, des images d'aujourd'hui.

medium_straub2.jpgJe me souviens de cette émission : "le cercle de minuit" présenté à l'époque par Laure Adler, c'était il y 7 ou 8 ans et Paul Virillo, Enki Bilal, JM Straub et Danièle Huillet débataient du pouvoir des images. Les Straub surtout m'avaient impressionné, au sens où leur paroles, leurs présences m'avaient paru emprunt d'une indéfectible vérité, images liées aux actes et à la parole pleinement militante. Il était question de modernité et de la portée des images, du contrôle par et sur les images...

Laure Adler : qui contrôle ?

Paul Virilio : la peur. La peur d'être pauvre, d'être perdu, vaincu. La peur est la grande maîtresse du monde.

Danièle Huillet : la guerre civile en Yougoslavie...

Laure Adler : l'image devient un valet de notre peur collective ?

Paul Virilio : on a hérité d'une image qui est sortie de la dissuasion, d'une époque de la terreur, et même d'équilibre de la terreur, et il va falloir débarbouiller cette technique de tout cet impérialisme de la dissuasion, de ce résultat du complexe militaro-industriel. Écoutez Deleuze ! On va vers des sociétés de contrôle !

Jean-Marie Straub : je suis tout à fait d'accord, c'est très beau tout ce que vous venez de dire là, c'est la première fois qu'il y a des choses claires et sensées depuis qu'on est ensemble. Cet impérialisme-là, il vient d'où ? Comment va-t'on se débarrasser de l'impérialisme ? On va laisser Silicon Valley fleurir ? On est complètement colonisé !

Paul Virilio : on va continuer à faire ce qu'on fait, des dessins, des livres et des films.

Vous retrouverez d'ailleurs une retranscription de cette entretien içi. medium_straub.jpg et toute une série de liens autour de leurs oeuvres.

Quelques semaines plus tard je les avais croisé dans le métro. Ils étaient debout et en pleine discussion et je n'avais osé les interrompre pour sortir une banalité d'aficionado. Depuis ils ont fait des films, ils ont continué.
Danièle Huillet vient de mourir, et c'est l'occasion pour pas mal de monde de redécouvrir ces cinéastes, au sens exact du terme, pas des faiseurs d'image, non, mais de véritables porteurs de sens. Plusieurs articles d'Olivier SEGURET dans Libération détaille la portée de leur dernier film. et leur rapport au professionnel de la profession. et d'autre choses...
Pour ceux qui ne savent pas qui sont Jean-Marie Straub et Danièle Huillet il faut souligner combien depuis leurs débuts ils sont dans leur temps. Ce petit film sur le site de pierregrise.com vous le prouvera. Puisqu'il parait que c'est l'anniversaire des émeutes...medium_pierre_grise_distribution.jpg



CINETRACT. Le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, trois jeunes garçons affolés, poursuivis par la police, se réfugient dans le périmètre interdit d’un transformateur électrique.
Deux vont mourir, brûlés vifs, Bouna et Zyed. Si vous en pleurez encore...
medium_straub_arton54.2.jpg

vendredi, 08 septembre 2006

Le retour de l'Outsider

medium_andre_lhote.2.JPGCa réchauffe le coeur de constater que malgré cette éclipse de 4 mois, la petite boutique continue de tourner, toujours des visites, la foule presque ! Et le blog survit grâce à quelques égarés analphabètes, quelques amis que je salue, et pas mal de curieux. C'est bon pour l'égo d'El fernando mais la statistique, le flicage permanent de vos visites pour tout dire jette le trouble. Qui sont-ils ceux qui sont venus, revenus, que voulaient-ils ? Que cherchaient-ils ? Et là terrible réponse. Les moteurs de recherche orientent visiblement l'esprit humain d'une manière inédite, en effet sans coup férir, certains pris d'une envie soudaine, d'une pulsion s'empare du clavier pour déverser l'approximatif, se perdre dans le flot, surfer dans le bouillon. Qui par exemple irait taper sur google : exemple de lettre pour la pose d'accessoires dans un immeuble;
film jeunes filles violee par bigfoot; blog allongement le bout des seins;blog albanaise;façade en parpin que mettre dessus;quels fléaux guettent le 21ème siècle;ecran veuille chute d'eau et cascade gratuit;exhibition sur autoroute;
Et ces phrases les ont conduit chez moi ? (je dis chez moi, bien qu'avec pas mal de lucidité je sois conscient que ces pages ne sont pas ma maison) enfin certains prennent ce site pour un Quid compilant bricolage, perversion sado-maso, prophéties de galerie marchande. C'est beau internet ma parole, on y trouve toutes les illustrations de l'âme humaine, et souvent ça sent l'ennui de l'internaute qui se demande s'il a vraiment quelque chose à chercher. Il faut se les représenter ces milliers décrans allumés, ces milliards de neurones qui crépitent dans tous les sens. La sur-individualisation qu'on pourrait appeler ça si on voulait. Heureusement il y a meetic pour les recherches ciblés... pour ceux qui ont de la suite dans les idées... le 21eme siècle est un siècle de spécialistes, compétents dans un domaine, compartimentant tout, avec des cases, des segments, des préférences nationales et de couleurs,
la spécialité c'est la mort de l'imagination...
Merci aux autres... et vive le dilettantisme

samedi, 29 avril 2006

Appel du Réseau Education Sans Frontières

Pétition nationale : NOUS LES PRENONS SOUS NOTRE PROTECTION !

logo RESF

Le 30 juin 2006, le sursis accordé aux élèves sans papiers et à leurs parents tombera. Des milliers d’enfants, de jeunes et leurs familles risquent l’expulsion en masse, verront leur avenir et leur vie même anéantis. Nous ne laisserons pas commettre ces infamies en notre nom. Chacun avec les moyens qui sont les nôtres, nous leur apporterons notre soutien, notre parrainage, notre protection. S’ils nous demandent asile, nous ne leur fermerons pas notre porte, nous les hébergerons et les nourrirons ; nous ne les dénoncerons pas à la police.

vendredi, 21 avril 2006

"On ne naît qu'une fois, on ne meurt qu'une fois, y se passe rien d'autre"

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El fernando ça n'est évidemment pas mon nom, c'est le blaze d'un républicain espagnol que j'ai croisé sur les bords du Drac il y a 10 ans de celà et qui nous a quitté depuis, EL, parce qu'unique. Il avait la noblesse des coeurs portés par un idéal, que la vie s'efforce de fracasser et qui tienne envers et contre tout. Fernando, Républicain espagnol pour les plus jeunes ça ne veut pas dire grand chose, pour les autres avec des souvenirs, la mélancolie et des fois une chanson de ferré qui tourne en boucle sous la caboche, c'est un rappel d'une sale période, sale époque ou les bruns préparaient le terrain pour bouffer l'Europe entière, et où l'idée de l'europe justement, quelques milliers l'avaient chevillée au corps jusqu'à partir se sacrifier en pleine guerre civile espagnole. Anglais, Français, Allemands, de partout, pleins de convictions et d'idéaux... Mais là je vois pas bien où je m'embarque... c'est assez curieux que ce film m'amène à parler de la guerre d'Espagne, alors qu'il en est à l'exact opposé, il ne parle pas d'engagement politique, de partisans... Et pourtant il y est question d'engagement, d'otage... Tzameti est terriblement actuel malgré le noir et blanc, un film sur la condition humaine peut-être ...13 Tzameti de Gela Babluani, c'est l'individu réduit à sa plus simple expression : la survie. Le héros, c'est un clandestin, pas un résistant non, plutôt un chien de combat, une image de l'engagement dans le milieu des paris clandestin, où l'on pèse sa vie en biftons, avec des macs entourant l'arène. Métaphore du monde moderne ? Ou des gladiateurs miteux attendent qu'un jeu du chronomètre en laisse quelques uns sur le tapis. Dans Tzameti, le hasard dicte sa loi à quelques joueurs, aux abois, n'ayant d'autres choix que de mettre leur existence dans la balance pour une poignée d'euros. Ce qui étonne c'est l'aspect vénal permanent, pas de joie, juste une excitation malsaine et blasé chez les parieurs, fonctionnaires de morgue, regardant les autres mourir pour eux, mais "on achève bien les chevaux".
Il y a bien le tableau de Goya, Chronos bouffant ses enfants. Une image de l'humanité cannibale, qui pour un amusement las en sacrifie quelques uns. Mais ça n'est peut-être pas ça. Sinon ça se saurait, est-on devenu cynique à ce point ? Qu'on longe la folie un film entier sans jamais y tomber, restant dans l'entre-deux avec une sensation étrange d'inachevé. Le héros entame un voyage dont a priori on ne revient pas, c'est bancal, mal joué par instant. Mais ça n'a pas d'importance on sent qu'une énergie tient le tout, que la mise en scène, le Cinémascope, les gueules, le beau noir et blanc qui rappelle "le couteau dans l'eau" de Polanski, les lumières dans le cercle de mort nous pousse à croire qu'on est en enfer à cet instant, un enfer absurde, sans échappatoire. Ca n'est pas "Voyage au bout de l'enfer" de Cimino où le même jeu suicidaire de la roulette tenait Christopher Walken en lisière de la mort, déjà mort, dépendant à la pire des saloperies morbides. Non dans Tzameti les joueurs sont volontaires et non prisonniers d'une sale guerre, où peut-être cette guerre sourde, larvée, de la misère de l'existence, héros vomitifs qui se chassent, tête à tête sordides, compression du temps. C'est chacun pour sa gueule et rien après, pas le plus petit rayon de lumière, hormis peut-être les sourires de la mère et de la soeur du héros, dont la subsistance dépend de son sacrifice après tout. Ce film est réaliste au fond et c'est ce qui rend le malaise plus intense, et c'est une raison suffisante pour courir le voir.

mercredi, 05 avril 2006

Des indiens au vatican

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Pour célébrer le premier anniversaire de la mort de Jean-paul, Anton décide de rééditer ce petit article vieux d'un an lui aussi. Quelle coincidence !

C’était en 1979, une énigme apostolique et romaine allait bouleverser mon petit monde. Je faisais sans le savoir parti de la dernière brouette des baptisés de la région, la crise de 1973 effacerait bientôt toute foi en la religion dans les coeurs des bretons de l'intérieur. On allait retirer le crucifix graisseux du dessus de la cheminée, s'étioleraient comme neige au soleil les dragées de baptême qui faisaient ma joie… Il me faudrait de fait attendre l'année de mes huit ans pour vibrer de nouveau à l'unisson des adorateurs du grand dieu unique. A la télé un Zitrone en costume cintré déclamait l'info la plus stupéfiante jamais entendue depuis la pousse des pattes chez les têtards, j'en laissais tomber le Lucky Luke de mes genoux. « Aujourd'hui au-dessus de Rome une fumée blanche a suivi la fumée grise annonçant la nomination du nouveau pape. » Comme chez les Cheyennes, les Commanches et toute les tribus du Nouveau-mexique au Rio Grande. Les signaux de fumée n’étaient à pratiquer qu’en cas d'alerte. J’en tirais assez rapidement la conclusion que quelque chose de grave était arrivé : nous avions perdu notre homme-medecine, notre chamane blanc, l’unité de la nation indienne était menacée. Nous étions donc des indiens, enfin, j'en avais la preuve.
Charlie hebdo

Malheureusement, cette magnifique illusion n’allait pas perdurer, les années suivantes se chargèrent de me ramener à un semblant de lucidité. Je traquais tous les faits et gestes du nouveau chamane blanc, constatant assez vite qu’il s'apparentait bien plus au vendeur d’eau de feu qu'au sorcier surmonté d’une tête de bison menant des pow-wow d’enfer du crépuscule à l’aube. Il avait tous les attributs du bonimenteur perché sur une carriole rutilante, dans des habits de lumière amidonnée soldant sa camelote à des foules béates. Le prestige de l‘uniforme en un sens sans les pouvoirs de super héros, d’ailleurs il se prénommait Jean-paul, étrange sobriquet pour un sorcier de niveau II. En fait de vol Chamanique le Jean-Paul se contentait béatement de tour de stade de foots chapeauté d’une cloche à fromage sur son Austin mini. Seule véritable prouesse : sa capacité à apprendre des centaines de langue sans effort avec la méthode de catéchèse polyglotte. Notre Jean-paul n’était donc qu’un VRP de luxe pour un produit en perte de crédibilité, soumis à un rude concurrence ; du côté des baptistes à fusil, promettant un paradis exclusif, garanti sans cholestérol, des islamistes radicaux promettant vierges et rendement immédiats pour des capitaux flottant. Et sa hotte pleine de bons conseils pour les bons sauvages (SAV des siècles d’évangélisation forcé) : « Croissez et multipliez-vous, n’ayez crainte du sida, une ouaille malade reste une ouaille. » Ces derniers temps le marché de la concurrence s’est ouvert aux églises de tous poils. Et le règne de l’image dans notre société a produit des tonnes de symboles. Les évangélistes, baptistes avec bible et fusil, ouvrant une théocratie à Madagascar comme les talibans l’avaient fait en Afghanistan.



J'ai un ami journaliste qui bosse à la télé. Le genre d’ami qui porte du velours côtelé même en plein été et qui n’omet jamais de préciser que la télé cette « bible des idiots » n’est après tout faite que de ce qu’on y met. Logique en un sens mais pas seulement logique, dangereux aussi. Car lui que la lucidité jamais ne déserte, cette dernière semaine s’est profondément abîmé dans un jus de populisme et d’idolâtrie. Le mardi 5 il débarque à notre séance hebdomadaire de tennis ballon en hurlant : «Le pape est mort ! Vive le pape !» ce que je pris d’abord pour de l’ironie mordante n’était de fait qu’une conséquence de la contamination ayant sévi toute cette dernière semaine sur les habitants de notre généreux pays. Car qui aurait prédit cette semaine de dégorgement, d’épanchement hagiographique comme aux plus belles heures de la propagande de l’inquisition. Un son de cloche, un seul. 21ème siècle médiéval qui débute sur des fléaux planétaires, des martyrs planétaires et de la belle ouvrage en terme d’images. Ah ! La télé adore ça les martyrs en direct, un saint-père n’hésitant pas à s’exhiber jusqu’aux dernières heures du sacrifice. « Arc de communion mondial » dit-on, ce serait parfait si cette communion produisait des effets réels, mais il n’est question que de satisfaction immédiate, « Santo subito » comme on a pu lire sur de nombreuses bannières lors des obsèques du pape. Une béatification immédiate, de l’immédiat, parce que cette bulle qui enfle finira bien par crever.

Les philosophes parleraient de post-modernité rappelant finalement assez la pré-modernité (moyen-âge) et son cortège d’idolâtrie. La part de post-modernité tient surtout dans les outils de propagation de l’info, comme pour le tsunami dévastateur dont tant de pauvres occidentaux furent les victimes, là-bas sur ces paradis du bout du monde que l’occident entretient à ses frais. Les télés ont relayés jusqu’à l’écoeurement les images, sans recul, comme pour le 11 septembre 2001 jusqu’à les rendre absurdes, creuses. Le sens dès lors remisé au second plan, la sensation, l’émotion sont de fait devenus les nouveaux critères de jugement. Et cette dernière semaine d’invasion de télé Vatican sur toutes les chaînes ne fait que confirmer ce qui avait été constaté en 1991 pour la première guerre du golfe, en 2003 pour la seconde. Les rédactions des journaux télévisés ne prennent aucun recul, reprennent mot pour mot les communiqués officiels du Vatican, comme celle des généraux américains durant la guerre. Ajoutons-y les drapeaux en berne, la sanctification télévisuelle d’un comédien raté, homme de paille de l’Opus Dei, principal pourvoyeur d’une morale manichéenne, continuateur en un sens des grandes œuvres de l’église des siècles durant. On se félicite de ses prêches en pays de dictature, de ses messages de paix. Mais qu’on cite seulement un pays ou sa parole a produit un effet bénéfique.
La France est donc à nouveau fière d’être la fille aînée de l’église. La radicalisation des appartenances est en marche quoi qu’on en dise, peut-on compter sur les médias pour faire œuvre de filtre, laisser le temps de la critique, de la réflexion jouer son œuvre pour décemment maintenir un semblant de cohésion. Le temps joue t-il pour ou contre nous ?
A mon tour j’allume un grand feu, que les quelques indiens perdus au milieu des visages pâles guettent les fumées à venir.

PS : un an plus tard les télés ont remis ça. Splendide !

mardi, 04 avril 2006

Prophétie de clochardisation

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Oussama, plombier volontaire dans les brigades internationales rejoint l'équipe de Mandjaro pour y pondre des éditos à sa sauce. Parutions irrégulières et bonne foi approximative. Bienvenue à lui !







brave patrie

"Dresser Redresser Evaluer" A t'on encore l'inconscience visionnaire de nos vingt ans et demi ? Quand certaines menaces aujourd'hui posent déjà l'avenir fâcheux que l'on craint, ingéré, intégré, presque génétiquement inscrit dans les crânes de nos contemporains, nous continuons de douter au moins, de nous aiguiser le sens critique.

Devrait-on parler de sarkozy ? Il me semble que nous devrons le supporter bientôt plus sûrement qu'aujourd'hui. Doit-on réutiliser des qualificatifs tel que vichyiste, faciste ? Quelle pudeur nous empêcherait de les remettre en lumière ? Sarkozy devient l'emblême de cette nouvelle existence du facisme "post-moderne". Les outils ne sont plus ceux de l'ère industrielle. Mais le projet faciste - si tant est qu'il s'agisse d'un projet et non d'une pathologie - est contemporain du cinéma, de l'usine, de la prison, de l'informatique et des nano-bio-technologies. Il suffit de faire à la Prévert une énumération pour avoir cet éclairage inquiétant, expressionniste que l'on se refuse à raisonner. Du plus visible au plus obscure nous nous rendons compte que les mots mènent aux actes.
* Sarkozy ne parle pas des gens, il parle de " nettoyer au karcher".
* De Villepin ne parle pas de supprimer le service public, mais de transférer du fonctionnaire "de là où ils pullulent à là où ils manquent". Où manquent -ils ? Nous ne sommes guère surpris d'apprendre que la police, la justice et l'armée manquent de bras...
* Une commission parlementaire (!!!) pond un rapport d'une indigence hallucinante baptisé Rapport Bénisti. Mais ce n'est pas une hallucination collective... " Dresser Redresser Evaluer", voilà le programme. cette émanation du Groupe d'Etudes Parlementaire sur la Sécurité Intérieure (GEPSI) se pose comme base scientifique pour un travail politique d'identification et de prévention de la délinquance. Les critères sont exclusivement extérieurs, superficiels, c'est à dire des critères imaginaires - de l'image, du son, des sens. C'est particulièrement indécent. Le "Monde libertaire" s'en fait l'écho d'ailleurs, avec la véhémence qui le caractérise. Mais une revue comme Vacarme publie les notes de lecture d'Ariane Chottin-Burger sous le titre : " On n'en croit pas ses yeux"... Elle dit : " La délinquance posée à la fois comme objet et comme destin est là pour légitimer les actions des "intervenants". Elle fonde l'autorité de l'alliance du répressif et du thérapeutique, forme moderne de contrôle de notre civilisation." Bref, le rapport évalue la déviance et désigne son origine : la "difficulté de la langue". "Seuls les parents et en particulier la mère (!) ont un contact avec leurs enfants. Si ces dernières sont d'origine étrangère (!!!) elles devront s'obliger à parler le français dans leur foyer pour s'exprimer. Et si le père réticent continue d'exiger de parler le pâtois du pays (!!!) il faudra dissuader ces mères de le faire. Interdit de parler breton et de cracher par terre... medium_immigration_jetable.jpeg



























La délinquance est jeunesse d'origine étrangère. C'est là la pierre d'angle, le noeud de notre histoire. Il se trouve que cette fois, les actes précèdent les mots. Les "étrangers" sont les cobayes de cette "nouvelle" politique. Les "clandestins"... Petit à petit, ces politiques informulées d'exclusion violente, de rejet, d'enfermement, d'aliénation trouvent des voies de justification fondées sur des montages discursifs d'aspect scientifique. Le sort de ces clandestins m'intéresse particulièrement, outre mon affection quasi pathologique pour ces frères et soeurs, pour cette figure extrême de l'autre, outre cette insulte faite à l'altruisme qui nourrit notre civilité, j'y vois les prémisses du sort qui attend tous ceux que la norme dégoute ou rejette. Il faut voir le travail photographique de Sarah Caron, et lire celui d'Anne de Loisy journaliste qui a recueilli les témoignages des victimes dans la zone d'attente de Roissy. Il faut surtout lire les décrets et les projets de lois à la lumière de ces actes et ces situations. Ces travaux illustrent ce qui attend chaque réprouvé, chaque pauvre, chaque bouc-émissaire, chaque contestataire. Les camps, les prisons, les asiles sont les nouveaux (re-nouveaux) lieux de la condition des masses, remplaçant les anciens sites de production de masse, pour la masse, par la masse. Les conditions de cette "masse populaire" prolétarienne, divisée au possible par le communautarisme, la division du travail, (cette fois-ci pour des raisons de changement de nature du travail) et le corporatisme. Finies les grosses unités de production, les identifications de classe, la lisibilité des intérêts généraux ! medium_adimage.php.gif

Le problème de l'immigration se règle donc en Europe à coup de camps, de peines, de brutalités et d'expulsions. Le problème du chômage se règlera ainsi : des camps, des bagnes, des brutalités. Et pour commencer Villepin prépare le terrain : " Je gouverne par décret" primo. Puis le 8 juin dernier annonce des "sanctions effectives en cas de refus successif d'offres d'emploi". Ceci signifie évidemment la suppression des allocations chômage. L'argent, le nerf de la guerre. Sans argent, grosso modo, un destin se résume à la "clochardisation". les clochards ne votent pas. Ils ne s'organisent pas. Mieux ils se battent entre eux et sont viscéralement écoeurant pour qui tient le haut où le milieu du pavé. Survivre est leur préoccupation principale. Et sans statut, sans protection, sans papiers, le chômeur transformé en clochard est à peu près certains de connaître les joies de l'aventure des "clandos".

Avant d'être clochard engagez-vous dans la police ! Dans l'armée ! Et si vous êtes jeunes encore les meilleurs choix seront HEC, l'ENA et la fac de droit ! Et puis si vous êtes déjà trop vieux, trop con et donc fainéant (génération post 68 arde ! ) c'est que vous avez loupé le train, has been, à la remorque de la vieille France droguée à l'herbe et aux protections sociales. Faites des filles et mettez les sur le trottoir - les bidasses et les cadres dopés, surmenés, rasés de frais auront besoin de décompresser un peu de cette lourde tâche sisyphéennes qu'est l'éternel sauvetage de la France. Etre né sous le signe de l'hexagone... Du nettoyage au Karsher à la fiabilisation des listes de demandeurs d'emploi, à la précarité officialisée pour les jeunes ( minoritaires dans un pays de vieux). Je ne vois plus où est l'homme, l'existence, l'intérêt d'une vie là-dedans mais la question est idiote, tout juste bonne à animer une heure de garderie philosophicoïde de facultatisme du ghetto de Finfon-de France-sur-Chômedu-la-Pâpe. les gens sérieux s'occupent de sauver le pays des eaux de la débacle des glaciers en cherchant la fortune par le moyen le plus sûr. le pillage et l'esclavage. J'exagère bien sûr ! Trop noir ! Dépressif ! Drogué ! Défaitiste ! medium_68murs_oser.jpg
Que chantait pépé ? Le temps des cerises.
Et grand pépé ? -- Aux Armes Citoyens !!!!

Allez au lit, demain il faudra enrichir le patron.

lundi, 20 mars 2006

Carrousel

Il y a une toile d'araignée sur le parapet qui domine le hall d'entrée. Elle est épaisse, accrochée entre deux rambardes et toute grisonnante de poussière. j'ai du la remarquer dès la première nuit qui bougeait dans le sillage de la ventilation. A se demander pour qui elle fonctionne d'ailleurs cette saloperie de clim, attendu que nous ne sommes que quatre ou cinq, entre tôle et ferraille, perdus dans l'immensité de ces trois hectares. Vers deux heures du matin je me souviens m'être demandé, probablement perturbé par cette première nuit blanche, à quoi pouvait bien servir cette vieille toile abandonnée, flottant au vent comme un pavillon pirate ? A quoi servait un piège qui n'avait plus de raison d'être ? Et à qui ? Sans prédateur, sans sentinelle, y avait-il encore des proies ? Ou juste la nuisance permanente ? Le danger qui demeurait bien en vue. Dans ce fil tendu, cette admirable géométrie étirée, sommeillait une menace gratuite, comme si s'était accomplie la synthèse naturelle du beau et de l'ignoble, perfection hypnotique menant à la perte.
Rester sous ce piège alors, une éternité à attendre que celui qui l'avait conçu veuille bien se manifester. Et s'il n'était plus de ce monde qu'un génie quelconque ou le diable en personne fasse un geste au moins, prenne sur lui de m'extraire de cette plaie béante ouverte sur l'ennui.



« La mode est à la réalité »
« Mais là il s’agit d’une réalité fabriquée, factice ! Je débarque, j’espionne, et quand j’aurai bien gratté le fond et tout le reste je disparais »
« T’occupe pas de savoir si ce sera du réel vrai ou du vrai faux, je me charge de l’étiquette »
« Qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ? »
« Ca je m’en fous, ce qu m’intéresse c’est toi : l’ennemi du bleu de chauffe, le chroniqueur noctambule en mal de sujet parachuté en plein territoire ouvrier, je veux du décalé. Tu peux la jouer : y a-t-il encore une classe ouvrière ou la fraternité des forçats de la nuit. Je m’en fous. Je veux juste que tu rendes ta vision des lieux. »
Un Albert Londres mâtiné d’un chroniqueur mondain en chaussures de sécurité. Pascal, préoccupé de la mode, comme si la réalité, la vrai n’avait pas de tout temps constitué le principal aliment dans notre branche journalistique, Pascal attendait que je fignole des portraits haut en couleur en singeant la chronique ordinaire du quotidien d’usine, je crois qu’il se foutait pleinement et consciemment de ce que pouvait signifier le fait de trimer 40 heures par semaine « je veux quelque chose d’aéré, de nécessairement drôle. » Rien n’est plus difficile que de dire non à un ami, à fortiori quand celui-ci est votre patron, celui qui vous a mis le pied à l’étrier. Il me sembla d’entrée que cette idée de reportage ne présentait aucun intérêt, mais Pascal ne voudrait certainement pas en démordre, pour lancer son quotidien gratuit sur Paris, il avait décidé d’innover, une ligne éditoriale inédite en somme, de quoi combler le sacro-saint fossé entre le populo et l’actualité, il fallait les accrocher comme la télé le faisait, tout en les initiant à de l’inédit qui ne soit ni crapuleux, ni démago, une réalité arrangée saupoudrée d’une pincée de marxisme bon ton. Et pour ce faire il avait besoin de ma signature pour ce premier numéro, une caution en somme, depuis quelques publications récentes et ma chronique hebdo sur les ondes j’avais acquis une certaine visibilité dans le Landerneau Parisien.
Il aurait sans doute été préférable que j’invente tout d’une seule pièce : et ce boulot de nuit, et le décorum qui allait avec. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir leur raconter à tous ces prolos ? Rien après tout, pour fraterniser inutile d’en faire des tonnes.
C’est mon garagiste qui me souffla l‘idée : Peugeot recrutait, et mieux encore les sous-traitants avaient besoin d’agent de production urgemment sur Villepinte. Autant dire que l’aubaine était trop belle. La précarité me tendait les bras. Je mis tout de même une bonne journée à me fignoler un faux CV, Quelques coups de fils à une copine tâcheronne aux Assedic et je les aurais mes faux bulletins de salaire.
Cette période bien particulière de ma vie suivit de peu la naissance de ma fille Angélique : un prénom qu’on aurait dit creusé dans la meringue et que ma femme n’avait eu aucun mal à m’imposer. J’allais les abandonner au plus fort de la tempête, toutes les nuits pour une lubie de rédacteur en chef qui s’était décidé à relire Sartre entre les lignes. Je ferais tout pour ne pas désespérer Villepinte. Assez naïvement je m’imaginais que quelque chose avait subsisté de la fraternité ouvrière, un compagnonnage évident, une conscience de groupe. Toute certitude ne demande qu’à être secouée. Et en franchissant les portes de l’agence d’intérim « Estrajob » je m’exposais, sans même l’imaginer, plus que je ne l’avais jamais fait, bien plus que lors de mes enquêtes sur le Clubbing, les réseaux albanais de putes africaines et la décadence des palais de la république…
C’est un détail qui provoqua la suite des évènements et plutôt que d’en rire comme je le fis dans un premier temps j’aurai raisonnablement du m’alarmer. Je fus recruté non au faciès mais au poids, comme à la criée on emporte ses kilos de poiscaille. Je descendis de la balance avec un ouf de soulagement, justice aveugle, il en serait de cette chance comme d’une illusion ; non en aucun cas je ne pouvais me réjouir d’être ainsi retenu pour entrer dans l’arène. Conscient que mon unique qualité suivant l’avis de la recruteuse de l’agence était de peser 80 kilos, ce mérite pondéral détermina finalement le naufrage à venir. Si j’avais pu le pressentir j’aurai immédiatement entamé une grève de la faim. Aujourd’hui encore quand il m’arrive de croiser Richard le libraire hédoniste de St Maur et son quintal de bonne humeur je pense immédiatement que si j’avais été lui, rien de tout cela ne serait arrivé. C’est complètement crétin mais j’envie obèses et anorexiques, convaincu que la moyenne ne vaut finalement rien pour les trouillards. J’avais déjà connu la trouille, la peur panique, l’étouffement, noyade et orchestration reptilienne du cerveau avec l’instinct comme seul recours, l’instinct de survie, celui qui retient de se laisser aller, de céder aux éléments. Mais d’avoir frôlé la mort ne m’avait pas servi de leçon.

LUNDI

Et dès le lundi je fonçais tête baissée pour participer à la plus absurde des tâches. Mon ironie subversive allait assez vite se révéler totalement inutile dans le contexte démesuré de cette usine déserte, imposante comme une vague de trente mètres sur laquelle je m’aventurais pauvre néophyte, sans rien connaître des rites et priorités de mise dans cette enceinte. Toute lacune ne demandant qu’à être comblée, je découvris assez vite que mon intégration dans le giron noctambule se ferait sans mal, pourvu que je fasse preuve de tolérance.

La MPA pour Matières Plastique Automobile possédait des locaux immenses. Au premier abord, premières impressions : les vestiaires, placards défoncés, et… personne ou presque.
En fait d’enquête sociale en milieu ouvrier je n’aurais rien à me mettre sous la dent. Nous nous étions un peu trop précipité, j’avais pour ainsi dire un mois d’avance sur le recrutement d’une équipe complète, l’augmentation de la production de sièges suivrait bientôt mais les robots resteraient inertes jusqu’à nouvel ordre.

« La nuit provoque une dilatation de la conscience » première phrase, coup d’œil en biais, oui j’avais bien entendu, et le type de la sécurité s’avéra coutumier de ce genre de trait d’esprit. De fait, tout ce qu’il y avait de dilaté chez lui c’était les pupilles, abus de psychotropes, de bédos et de caféine, abus tout court, l’œil rivé sur un écran de contrôle en direct du néant de la zone des quais, là où jamais rien en se passait, mais où « tout pouvait arriver » comme il me l’assura, sa chienne Rott posée sagement à ses côtés et n’entravant rien des errances de son maître, vigile philosophe de moins d’un mètre cinquante. Je gardais pour moi mon sentiment : la logique aurait voulu que l’on braque les caméras de surveillance vers l’intérieur, là où sommeillait le danger, le vrai. Dès les premières heures de mon immersion dans ce milieu d’astreinte je compris que quelque chose n’allait pas, que toute la tripoté de salariés marchaient de travers, tous plus allumé les uns que les autres.
Paulo passait d’ailleurs. Bonnet de laine et triple épaisseur de nylon imperméable sur les épaules quand tout le monde accablé de chaleur bossait en tee-shirt… Sa nettoyeuse faisait un bruit d’égout que l’on purge, le moteur électrique sifflait en continu mais lui ne cillait pas, imperturbable Sancho sur sa mule mécanique, visage fermé, il avait décidé de décliner toute responsabilité en cas de travail mal fait et repassait sur les mêmes traces de bavouilles humides de l’engin, plusieurs fois par nuit, convaincu qu’il fallait insister là où c’était déjà propre. Dans l’hypothèse où pour l’arrivée de l’équipe du matin on se décide à dérouler le tapis rouge dans l’allée principale. Haie d’honneur des décimés de la nuit, jets de grains de riz dans les effluves d’après-rasage… Paulo gâchait son talent de grand organisateur festif dans un travail approximatif. Dès le premier soir j’hésitais à le trouver juste « simple », la simplicité n’étant pas un vice il fallait qu’au moins j’envisage un autre terme. C’est qu’il avait en même temps qu’une grande capacité d’écoute tous les attributs du psychopathe qu’il faut éviter de contrarier : l’œil blanc et qui fuit vers des sommets de funambulisme en pleine conversation, la glotte remontée en permanence comme si la pomme d’Adam cherchait à se faire la malle par tous les moyens, une manière hallucinée aussi de taquiner l’intérieur de ses narines avec des allumettes aux bouts noircis. Peut-on attendre d’un psychopathe qu’il reste « simple » ? Ce fut là en tout cas le premier vœu que je fis quelques minutes à peine après notre première conversation. Sa soudaine apparition en slip bleu, se dandinant sur le tarmac en ciment de la zone chimique ne fut dans cet ordre qu’une facétie de plus, digne du ballet des éléphants de Fantasia cernés de fenwick. Et sitôt l’effet de surprise estompé, je décidais de ne plus me laisser surprendre.
J’étais passé sous la coupe d’une troïka addictive : l’usine, la nuit et ses habitants. A mi-chemin entre l’île du docteur Moreau et le manège enchanté, je me trouvais bien incapable de trouver la situation plus risible qu’étrange.

L’essentiel de mon activité consistait en une flexion extension savamment et inlassablement répétée. Mon prédécesseur ayant semble t-il rendu les armes le jour où ses genoux avaient triplé de volume, pour mon confort la place ou je déposais les sièges cuirs BBR, et chauffe-culs avait été surélevé de deux palettes. Je m’asseyais, mesurais sur l’ohmmètre : « rebut / pas rebut », les bons sièges étaient gardés, les mauvais partaient à la benne, c’était d’une simplicité biblique et après deux heures d’astreinte j’éprouvais un bonheur sans nom à jeter les mauvais de toutes mes forces dans les bennes, choisissant à mesure que la nuit avançait de viser au plus loin.


MARDI

Rien ne va plus. Mon immersion s’accélère. J’avais tout à craindre d’une contagion aussi rapide et pourtant il semble que je parle aux fauteuils, faute de compagnie. Je me suis surpris en train d’observer chaque recoin de l’usine avec une méticulosité que je ne me connaissais pas. J’ai depuis mon arrivée, comment dire, des yeux derrière la tête, des réflexes d’agent en mission et qui craindrait pour sa vie, je suis vigilant comme jamais, bien trop nerveux. Sans raison objective. Je me suis aventuré du côté du grand robot qui gémit à l’autre bout de l’entrepôt, dans une semi obscurité il est pour l’heure inutilisé mais je pressens toute la force d’attraction qu’il peut avoir quand il se met en branle, c’est un grand manège, un carrousel parsemé de gangues sur tout son pourtour et sur lesquelles on vient fixer comme des secondes peaux les jupes de cuir qui bourrés de mousse toxique serviront de dossiers dans les futurs véhicules toutes options. Sonné peut-être par la réalité démesurée du parcours qu’allaient suivre ces fauteuils avant de terminer sous le cul d’un quinqua paradant sur le bitume, voilà que je reste l’œil fixe, un peu déséquilibré comme si l’immense machinerie s’était mise en branle.
Elle n’est qu’à un mètre de moi, elle fait le pied de grue, entraînée dans la lente valse entamée par le mouvement circulaire, je m’avance pour la soutenir de peur qu’elle ne trébuche puis ne tombe, paupières close comme à son habitude quand elle se laissait aller, bientôt en un instant elle est à terre, ses doigts glissent entre les miens, phalanges après phalange… Elle m’échappe cette fois encore, à portée de la mâchoire imbécile du robot qui vise sans rien discerner puis décoche imperturbable ses jets d’additif désolant de blancheur. Coup de gong, la sonnerie de trois heures, déjà… C’est dingue ce que je peux manquer de sommeil. Le décalage horaire joue t-il sur les mirages ? Toujours cette clarté basse, mais le robot est bel et bien immobile.
Ca a bougé du côté du grand bras automatique, haut comme cinq Jean Valjean peints en jaune. Et il n’y a aucune raison valable pour que ça bouge de ce côté. Voilà que ça bouge encore, j’ai la gorge instantanément serrée, en un instant je prends peur, une silhouette, rien moins que ça, une silhouette furtive, silencieuse. Une simple impression de présence et voilà que c’est la débandade, les nerfs qui lâchent, la fatigue un peu, une grande nuit pour trembler de trouille, tout seul, au moins à six cent mètres des collègues qui bourrent leurs appui-tête sans lever le nez. J’ai l’échine humide comme un vieux canasson entamant son dernier tour de piste, bride à terre, les membres raidis et qui ne trouvent le sol qu’après une longue et éprouvante recherche, un méchant tâtonnement. La faim, la fatigue, tout cela conjugué aurait suffi à me mettre dans un état aussi lamentable (?) J’ai grand besoin d’un café. Le prétexte est tout trouvé pour fuir à l’autre bout de l’entrepôt sans me retourner… Quand j’arrive près de la machine, un vieux en salopette brique est déjà là, peau épaisse striée de rides en tous sens, cheveux gris plaqués, c’est la première fois que je le vois. Mais à sa façon de me toiser il a l’air de me connaître.

Y a t-il un sentiment obligé qui conduirait à croire en une pareille rencontre ? Visitation serait d’ailleurs un terme plus juste. Soyons sérieux. Le vieux avait un visage issu d’un compromis entre Léo ferré et Hubert Reeves, dents en éventail, sourire permanent, regard franc mais qui ne disait rien de particulier. Il se dégageait de sa présence une intensité peu commune. Et même s’il n’y eut aucun bavardage proprement dit, lui s’étant contenté de quelques grognements et moi de hochements de tête ostensibles qui disaient toute la richesse de mon intériorité, je ne fus pas loin du sentiment d’avoir eu une conversation satisfaisante, sans silences gênés, sans approximations. A deux reprises quand je lui demandais si ça allait il ne fut pas loin de réussir à articuler. Rien là de bien étonnant, le type pouvait être un employé Cotorep, sourd à cent pour cent. Le véritable mystère, le point de détail qui fit poindre une inquiétude c’est qu’au moment de partir après seulement deux minutes de présence le vieux ne le fit pas communément. Il s’éloigna d’abord sans se précipiter, comme le font les gens bien éduqués puis, sans prévenir s’évapora tout bonnement entre la grande poubelle à recycler les gobelets et la table couverte de magazine. Soufflé, j’en restais sans penser à respirer pendant une longue minute, reprenant mon souffle au bout d’une longue apnée. Mon cappuccino au fond de sa tasse tirait sur le rouge du sang de bœuf. Je n’eus pas le cœur de le boire. Evidemment je passais les heures qui suivirent à chercher le vieux troll un peu partout, sans résultat. Je l’avais pris pour un gars du nettoyage tant je m’étais fait à l’étrangeté des membres de cette équipe, mais quand j’évoquais sa présence à Paulo, je m’entendis répondre qu’il n’y avait aucun vieillard grisonnant à travailler de nuit. Même son de cloche chez le nain de la sécurité et chez son rottweiller. Il fallut me rendre à l’évidence : j’étais le seul à avoir croisé le vieux et à l’avoir vu disparaître comme un spectre rigolard satisfait de sa blague débile. On a beau en avoir vu d’autre, on n’est pas de bois.


Au matin je ne pus me retenir de réveiller ma femme pour lui raconter ma rencontre avec le vieux, depuis plusieurs heures obsédé par son mutisme et sa disparition j’espérais qu’elle au moins saurait dénicher une explication valable. Réagissant dans un demi-sommeil elle coupa court à mon excitation : «Pourquoi veux-tu qu’ils tchatchent sans arrêt, les fantômes ont le temps » « Qui parle de fantôme ? » « Non ? Ah bon j’avais cru… »
Une telle maîtrise de soi n’est possible que lorsque l’on dort en partie, quand des pans entiers de la conscience n’ont pas encore dessaoulé de leur nuit. Réfléchissant un temps je décidais que ça valait sans doute le coup de prendre cette remarque au sérieux. C’était la seule piste. Même s’il m’avait toujours semblé que les spectres devaient avoir soif de s’exprimer, la gueule sèche même, l’envie de hurler, de dégueuler des averses de mots, dépositaire d’une foule d’idées, de sentiments à exprimer. Le vieux devait être d’une autre espèce d’apparition, aussi muet qu’une carpe, autant dire que ça ne venait pas, même mort cet homme là avait de la pudeur, une pudeur absurde puisqu’il avait forcément une raison de traîner par là, et donc une réclamation à faire, des doléances, du concret, du virulent. Mais non on en restait au ras des pâquerettes, rien à déclarer, premier fantôme autiste de l’histoire, comme un clandestin qui s’éterniserait en zone douanière. Désinvolte.
Pour les besoins d’une thèse sur James Joyce ma femme, toujours étudiante, (à 35 ans, la belle affaire !) avait accumulé tout une somme d’informations concernant les fantômes. Je serais bien incapable d’en saisir le lien avec l’auteur de l’Ulysse mais passons… Dans ses notes je dénichais une précieuse information : les portables tuaient les fantômes. Une étude sérieuse due à des irlandais, (d’où le lien avec Joyce…) soulignait que la prolifération des téléphones mobiles coïncidait assez curieusement avec la raréfaction des apparitions de fantômes, autant dire qu’il y avait sûrement là un lien de cause à effet. Les mobiles fonctionnaient en diffusant des micro-ondes, mon Vieux n’était peut-être pas si muet que cela, je l’avais croisé à la cafétéria, entre les fours à micro-onde et mon téléphone portable nul doute qu’il s’y trouvait diminué. Et comme un aviateur à qui la pression fait perdre peu à peu connaissance et qui choisit de s’éjecter du cockpit, le vieux avait choisi de disparaître. Provisoirement. Mon fantôme souffrait donc d’exposition nocive, je me résolus à remédier à ce problème dès la nuit suivante et me couchait presque rassuré, sans douter un seule instant, sans même envisager ne serait-ce qu’une demi seconde que j’étais tout bonnement en train de partir en vrille, de perdre le fil qui me reliait au tangible.

A SUIVRE DANS NOUVELLES (illustrations : Hugo Pratt, MU)

dimanche, 19 mars 2006

Fin prochaine de l'interruption d'émission

Ouep c'était long, un coma de 2 mois entre clinique et missions de nuit. Le temps de relever le museau, et j'entends que les jeunes se sont réveillés, qu'il se passe quelque chose. Un frémissement, une onde, précarité, précarité, enfin on va parler de ce qui arrive vraiment. Les CNE, les CPE, la tentative d'aligner tout le monde par le bas ne passe pas, depuis des années que les intérimaires vivent au quotidien la flexibilité, l'indépendance libérale, libres comme l'air, virés d'une semaine sur l'autre, ballotés, confis, mercenaire à 1000 euros, calibré pour le labeur et l'autisme général. La généralisation de ces statuts ne passera pas.

mardi, 14 février 2006

Marthe et les barbus (extrait 5)

Dans la préparation du bouquet final, c’est la mise au point des détails qui me posa le plus de difficultés. Je savais très exactement ce qu’il me faudrait faire, de quel façon j’attirerai la proie dans le piège, mais un accessoire me manquait. Je mis plusieurs jours à décider quelle arme j’allais utiliser. Entre les armes blanches, les armes à feu il n’y avait au fond qu’une différence assez minime, la nécessité d’un parti pris esthétique. Une après-midi je fis le pied de grue devant la vitrine d’une armurerie Place de Bretagne. Les sabres ciselés, les pistolets à grenailles, les Opinel ou les pistolets à peinture pour guerriers du dimanche, il y avait l’embarras du choix. Mais il me fallait un instrument de précision capable de donner la mort sans faille, une arme disponible pour le premier venu, maniable par un novice. J’optais pour un couteau de chasse. La lame était large et dentelée sur le revers du tranchant, la poignée en plastique noir offrait une prise parfaite. Le vendeur sans doute d’une nature discrète évita soigneusement de me poser la moindre question, je ne pu m’empêcher de songer que c’était là la preuve d’un très grand professionnalisme.



Marthe ne m’avait pas affirmé être maquée à Spinetti, mais ma paranoïa bienveillante m’indiquait assez sûrement qu’ils devaient se fréquenter, au pire qu’ils s’étaient revus et gardaient contact. Passant outre la morale et mes résistance pacifiques je devais rester résolu. Je gardais mon idée première de provoquer un rendez-vous entre les deux tourtereaux. Du côté de Paimpont, en bordure de la forêt domaniale que j’aimais par dessus tout arpenter aux premiers jours de l’automne, j’avais repéré toute une zone en friche, déserte, délaissée aux lapins sauvages. Suffisamment en retrait des routes fréquentées, au bout d’un chemin de terre, une ancienne cahute cimentée à l’abandon se dressait sous la coupe franche des arbres jaunes. A deux pas une fosse à lisier à ciel ouvert, couverte d’une mousse fluorescente, dégageait des petits pets nauséeux si on s’amusait à y jeter des pierres. Le tableau était complet, un rien fantomatique et suffisamment sordide pour servir de décor à la mise à mort. Mais comment attirer Spinetti en ce lieu ? A moins de l’enlever, de le garder dans le coffre d’un véhicule de Paris à ce petit coin de campagne, raisonnablement c’était trop me demander et ça n’était pas sans risque. Je voulais réussir, aller au bout, il fallait qu’entre la disparition de Spinetti et l’heureuse conclusion peu d’heures s’écoulent. J’abandonnais mon idée aussi vite que je l’avais adoptée mais conservait la certitude qu’il me faudrait l’enlever.

Une semaine de préparation supplémentaire me fut nécessaire, je dus remonter sur Paris à contre cœur pour y reconnaître un lieu adéquat. Je m’installais dans un hôtel huppé de la rive gauche.

Ma chambre au Balzac possédait tout le confort des turnes luxueuses pour touristes avides, à deux pas des Champs Elysées et de la médiocre effervescence de la capitale au mois de mars. Le reste fut une affaire d’exploration des sites les plus immondes de la banlieue nord, entre les grands bat, les plaines boueuses et la sinistre grisaille des bouges à prolo exténués.

Assez curieusement je trouvais mon bonheur là où rien ne laissait le présager. Dans le parc en dénivelé du Bas-Montreuil, à deux pas des habitations mignonnettes et des squats pour artistes en quête de reconnaissance. Idéal arrière-plan pour la bluette romantique que j’avais prévu de mettre en scène, ce 7 mars, jour de mardi-gras, jour où les fous prenaient le pouvoir, où les puissants chutaient de leur piédestal.





Marthe reçut le petit carton d’invitation par porteur la veille au soir. Pour m’assurer qu’elle céderait j’avais commandé un énorme bouquet d’iris, ses fleurs préférées, elle les adorait tendues et gracieuses comme des cous de flamands roses. J’avais la certitude qu’elle tomberait immédiatement raide de bonheur en découvrant avec quel romantisme, quelle justesse Spinetti pouvait se mettre aussi facilement à nu. Le petit mot proposait un rendez-vous privé, « Ma très chère… »,« Je suis impatient de vous revoir » , toutes les formules adéquates étaient concentrées sur le petit bristol, jusqu’à la signature, l’auguste signature imitée de Spinetti la vedette. « J’habite une modeste villa à Montreuil, je viendrais vous chercher sur la grand place Croix de Chavaux vers 22 heures ». L’heure posait assurément un problème, mais je n’avais guère le choix, Spinetti ne sortait du studio que vers 21 heures ; Techniquement il me fallait le temps de voler un taxi, de récupérer Spinetti, de l’assommer, de l’emballer dans le coffre. Et ensuite aussi vite que possible de me rendre à la station de métro Croix de Chavaux pour 22 heures. C’était faisable. Je rencontrais néanmoins quelques problèmes annexes quand au déguisement à adopter pour que ma douce et la victime ne me reconnaissent point ; Pour cause de carnaval les magasins de farces et attrapes avaient été dévalisé. La vieille femme derrière son comptoir, stoïque au milieu du foutoir, de ses accessoires en latex et autres pétards rouges, constatant mon désarroi me souffla une idée pour ma soirée déguisée : Je ferais un admirable rasta antillais à dread-locks. Une perruque, une paire de lunette, ma peau de sucre roux et le tour serait joué. Je lui demandais d’ajouter deux à trois rouleaux de chatterton à mon petit colis, et comme la chance était avec moi, il en restait, la petite boutique faisait aussi droguerie.

Je passais la nuit entière, nuit du 6 mars précédant l’accomplissement de mon forfait en me remémorant mon plan d’attaque, tapis sous les grands arbres du parc, incapable de trouver le sommeil. Sur mon banc, prêt de l’aire de jeu et son immense toboggan longiligne pour enfants intrépides, il m’apparut que je n’avais rien omis, que tout était parfaitement calculé. Infailliblement, j’étais prêt. Le couteau dans son étui pesait lourdement dans mon petit baise-en-ville au cuir passé, la perruque synthétique formait une boule chaude contre mon ventre, je remontais un peu plus encore la fermeture de mon blouson. Un oiseau de nuit chantonnait lugubrement en haut d’un peuplier. Ce fut une nuit de lune noire sans vent, sans nuage, ma première nuit blanche en pleine nature depuis des années. A l’aide d’une lampe de poche je déchiffrais la chronologie des événements que j’avais griffonné à la hâte sur une page blanche. C’était la page de garde d’un bouquin à dix balles achetées dans une bouquinerie du centre de Montreuil. « Le voyage à motocyclette » d’Ernesto Guevara, un écrit de jeunesse bien avant son journal de Bolivie, cette lecture m’arracha quelques larmes lorsque je constatais qu’on y citait le nom de ma mère dans la chronologie des instants précieux du Che.

A lire et relire l’initiation progressive du jeune homme à la réalité latino-américaine, à l’exploitation des natifs, peu à peu je repérais les nombreux points communs nous unissant. J’y trouvais la force qui aurait pu me manquer, j’y trouvais la foi. Et l’idée me vint que lorsque tout cela serait terminé il me faudrait mettre mon acte au crédit de cette même vision utopique qui avaient animé les barbus. Non d’une simple crise de jalousie meurtrière. Je rédigeais alors un brouillon de la lettre de revendication à expédier aux flics dans les heures qui suivrait l’attentat. Nicklaus et les barbus, ça sonnait bien, mon cœur s’emplit aussitôt d’un immense réconfort devant ce soutien historique.

Comme j’en étais aux justifications, il m’apparut soudain que j’avais omis d’envisager le pire. Dans l’hypothèse de la perte éventuelle de mes moyens, si Spinetti en réchappait, qu’y aurait-il entre moi et la vérité ? Rien, sinon la nécessité de crever dignement après ce nouvel échec.

On connaît les nuits blanches des généraux avant les batailles. Et bien, à la tête de ma petite armée virtuelle je vivais une manifestation d’angoisse proportionnelle à la tension d’une guerre aux enjeux démesurés. Mais l’enjeu, cette fois, c’était rien moins que ma vie. J’allais tuer pour la première fois. Mais il y a des morts qui se justifient, des meurtres qui à eux seuls sont un cri. Personne ne l’avoue, mais pour paraphraser le plus benêt des proverbes je savais que tuer c’est mourir un peu. Comme une immolation volontaire mon acte aurait un sens. Après avoir accompli ce sacrifice je ne serais plus jamais le même, je ne serais plus moi-même. Je me voyais en un sens forcé d’atteindre à la parole de ce qui est immobile. Parler comme une pierre. Brutalement, dans le fracas. C’est la révolte de l’inerte que je visais, une véritable abomination. J’allais déranger la platitude du destin.





Rien ni personne n’aurait pu me stopper. Je choisissais un taxi dans le 7éme arrondissement, non loin de l’esplanade ou se trouvait l’immeuble de France 2. La voiture était une Volkswagen, une belle berline métallisée et le chauffeur un petit homme chétif à moustache. Après l’avoir appelé, il me faudrait le forcer à sortir de son véhicule, cette évidence ne m’était apparu que quelques minutes avant 20 heures. Au prix d’un parcours épique j’étais parvenu à dénicher une maroquinerie ouverte et j’y avais fait l’acquisition d’une énorme valise à roulette.

Le chauffeur est descendu, je le colle de prêt, il me regarde à peine, ouvre son coffre, et tandis qu’il soulève la valise vide avec une mou de surprise, je glisse sous ses yeux le métal de la grande lame. Il lève la tête sans bien comprendre ce que je veux. Le temps de lui arracher les clefs, de claquer le coffre et déjà je suis au volant, les pneu crissent comme dans un mauvais film mais c’est totalement indépendant de ma volonté. Ce genre de cylindré réagit dès qu’on effleure l’accélérateur. Je m’éloigne, par le rétroviseur extérieur, j’aperçois le petit homme, il est debout, toujours, sur le trottoir ma valise à la main, incrédule au milieu des passants. Reste là abruti ! ne bouge pas, je te la ramène dans deux à trois heures !

Et maintenant Direction Spinetti. Avant de me présenter devant l’immeuble, je fais une pose dans une ruelle, histoire d’enfiler mon déguisement. Penché sur la banquette j’enfile la perruque. Un gamin s’est arrêté, intrigué, il a de la peine à tenir sur ses patins à roulettes mais ma petite transformation semble l’intéresser. Je lui souris, il chute soudain. J’ai une tronche ridicule, l’air d’un imbécile, j’effraie le premier gosse venu, mais au moins je suis méconnaissable.

J’agis comme si c’était un jeu, je n’ai pas calculé, j’espère seulement que cette naïveté me préservera de la peur d’aller au bout.

Spinetti est un grand monsieur. J’ai garé mon taxi dans un angle . Et c’est lui là-bas dans ce grand manteau doublé, c’est lui cette silhouette qui file et marche vite, je démarre en trombe, il me fait un signe et la bête entre dans la boîte. En taximan consciencieux, je mise tout sur ma discrétion. Malgré mon accoutrement ridicule de rasta pouilleux, j’ai de la classe au volant de cette voiture, elle me plaît. C’est mon petit vaisseau silencieux, mon aéronef de tueur. Ca n’est pas juste un outil, elle est une extension de ma volonté triomphante. J’ai coupé la radio, je circule à deux à l’heure, il reste que le vent s’est levé, que c’est fait. Je ne peux plus reculer. Je n’ai aucune idée de l’endroit où se trouve cette Rue de La pompe où il se rend, je sais seulement qu’il me faut attraper le périphérique et filer vers l’est. Par chance Spinetti se fout totalement de la direction que je prends, il est là, avachi sur la banquette, le nez sans sa petite sacoche de star. De fait il a baissé sa garde. Comment se douterait-il de ce qui se prépare ? Un homme si prêt de la mort et si sûr de lui, c’est une merveille que la vie lorsqu’elle flirte avec les surprises .

« Je suis crevé »

A priori il ne m’adresse pas la parole, c’est un constat à voix haute.

« Vous ne mettez pas le compteur ? »

Je réalise soudain qu’il me faut prendre un accent. Ridicule forcément : quelque chose comme une chaleur créole mâtinée de l’intonation wallonne. Mais Paris est le lieu des curiosités cosmopolites. Il en faudrait bien plus pour alerter un Spinetti.

- Si, si… Mais j’ai du mal avec l’électronique dans cette voiture, elle est toute neuve, tout juste sortie du garage. Tout en gardant un œil sur la route je fais mine de trifouiller le compteur aux chiffres rouges.

- Du moment que vous n’essayez pas de m’arnaquer, ça ne pose aucun problème.

- Monsieur, j’oserais jamais faire une chose pareille, je suis l’honnêteté incarnée, y’a que comme ça qu’on réussit dans la vie. Mon vieux père disait toujours que les malhonnêtes y finissent par mourir plein de regrets…

Spinetti m’a lancé un regard en cisaille dans l’espace étroit du rétroviseur, c’est un regard plein de mépris, légèrement rieur, comme le signe que ce petit échange de civilités populaire n’ira pas plus loin. Il n’est pas du genre à faire des phrases hors plateau.

Je file vers Porte d’Orléans, et je suis calme, étrangement calme. Si rien ne se passe d’ici à la station de taxi tout ira comme sur des roulettes.

« Ca, c’est que j’appelle une idée à la con »

Je sursaute, mais non, fausse alerte encore, Spinetti parle au téléphone.

« C’est une vraie mauvaise idée. Qu’est-ce que tu veux que ça lui foute la lumière tamisée ? Cet abruti n’a aucun goût, il ne reconnaîtrait pas sa droite de sa gauche… ».

J’ai dans l’idée de m’arrêter et de le forcer à monter à mes côtés, au milieu des taxis, l’affaire devrait rouler, il fait bien nuit maintenant. Un petit bip distinct m’indique que Spinetti a raccroché.

- Mais qu’est-ce que c’est que cette route que vous prenez ?

Tout de même, il y vient…

- Je débute monsieur, excusez moi si c’est un peu plus long…

- Mais abruti, c’est le 15éme, ça va pas du tout ça ! On est à l’opposé !

Ca y est, il se sent traqué. J’enclenche la fermeture centrale des portes. Je pousse les rapports, on va trop vite pour qu’il saute à présent.

- Qu’est-ce que tu fous ?

- Je vais demander aux collègues.

- C’est pas possible d’être aussi con ! Fais demi-tour !

Je m’y refuse, Spinetti est en train de réaliser que quelque chose ne va pas.

- Bon, arrête toi là, je vais prendre un autre taxi, on m’attend nom de dieu ! Jamais vu un abruti pareil !

Je me suis garé, sans me démonter je me penche sur la boite à gants tandis qu’il tente désespérément d’ouvrir sa portière.

- A quoi tu joues connard !

Et me voilà qui me tourne lentement, le couteau à la main. Spinetti s’étrangle. Ses yeux clairs transpirent la trouille.

- Joyeux carnaval Spinetti ! Tiens toi bien sagement et tout ira pour le mieux.

- Qu’est-ce que vous voulez ? Son joli timbre de voix n’est plus qu’un pâle souvenir, il chevrote, il geint.

- Je veux que tu montes à mes côtés mon vieux. Et sans geste brusque, sinon cette jolie lame viendra taquiner ta trachée.

- C’est quoi ce délire ? Prenez tout mon liquide…

- Allez Hop, on escalade et on ferme sa gueule !

Spinetti, non sans difficulté, se tort entre les sièges, il me regarde effaré.

- Garde bien tes mains en vue, je ne voudrais pas qu’il arrive un accident. Ta petite personne est précieuse.

C’est un vrai plaisir de le voir m’obéir au doigt et à l’œil, il suffisait de peu en fait pour lui enlever de sa superbe. Il me dévisage, et un sentiment curieux me vient soudain, ce con là me ressemble, mêmes cheveux fins toujours noirs, même visage profilé comme taillé dans une arrête.

- Quel âge tu as ?

- Hein ?

- Ton âge petit homme. Le méchant te demande ton âge.

- 48.

Il est décidément penaud, je dois dire que je me serais attendu à un peu plus de résistance.

- Ca fait que t’es né en 52, dans ces eaux là.

- Oui.

- T’as de la brioche quand même, je me penche brusquement en avant, il se fige. Je renifle la flanelle distinguée de son manteau comme un porc traque la truffe.

- Qu’est-ce que vous voulez ?

- C’est du cachemire ?

- De l’alpaga.

- On m’a dit que c’était un genre de lama sauvage. C’est pas une espèce en voie de disparition cette bestiole ?

- Je…

- Non, laisse tomber, c’était pas une question. Allez les mains dans le dos maintenant mon petit siamois !

La rue s’agite mais personne ne s’occupe de ce taxi arrêté là. Des taxis à l’arrêt, des taxis en mouvement, ce genre de chose ça arrive tout le temps dans cette ville. Les badauds ont la tête ailleurs, tout le monde se dépêche de rentrer chez soi.

- T’avise pas de gueuler ! Je suis désolé de gâcher ton dîner d’affaire, mais on a un rendez-vous de la plus haute importance qui nous attend. Les mains dans le dos allez !

C’est assez difficile mais d’un geste rapide je lie ses poignets à l’aide du chatterton. Ca m’a l’air douloureux. Sans plus d’égard pour ses mimines aux ongles soignés j’emballe sa grosse montre dans le paquet marron.

« Hop ! Allez on se retourne et on présente la papatte au monsieur. »

Ca, c’est ce qu’on peut appeler un effet de style, je me suis rappeler soudain des jolis bas transparents du Spinetti. Un seul fera l’affaire.

« On enlève sa chaussure sans s’aider des mains. » Spinetti semble prêt à tout accepter dorénavant. Je dois le seconder, l’imbécile me regarde sans paraître me comprendre. Finalement c’est à moi seul de retirer sa chaussette de pingouin. Il a le pied bronzé, décidément les présentateurs télés ne font rien comme tout le monde.

« On revient de vacances, laisse moi deviner. Tahiti ? Les Maldives ? » J’ai formé une petite boule compacte avec son bas. J’espère qu’il sait respirer par le nez.

La petite chaussette en boule s’ajuste parfaitement à la cavité buccale de l’otage. Un peu de mon scotch de professionnel complète le bâillon.

- Allez, assez palabré ! Je te mets ta ceinture et en route. Tu devrais rester calme maintenant. Hoche la tête si tu es d’accord.
Ses yeux, il n’a plus que les yeux pour s’exprimer, c’est assez amusant. Mais j’ai tout le temps de me distraire de sa compagnie. Le moteur de la berline obéit sans heurts. Quelle merveille de précision tout de même la technologie teutonne… La circulation est fluide et aisée sur le périph. Spinetti est immobile, garrotté par la ceinture de sécurité. Je vais d’un cœur léger. Pour un peu je siffloterais mais aucun air ne me vient. Nous sommes en route pour la porte de la gloire, paré pour le grand passage au royaume des illusions perdues. La roue de sa fortune a tourné, et Spinetti ne pourra plus se racheter désormais.



medium_the_last_sun_b.jpgNous arrivâmes peu avant dix heures à l’entrée déserte du grand parc. Ce qui m’avait plu d’entrée en ce lieu c’était cette absence de barrières, cette totale ouverture sur la rue, comme une bouffée d’air pur s’insinuant en pleine ville, un parc libre d’accès. J’ai fini d’emballer le Spinetti, en prenant bien garde à lui laisser l’espace d’agiter les pieds. Dans un instant il sera dans le coffre. Ses narines sont dilatées comme celles d’un sniffeur de colle. Il a les yeux écarquillés, un peu de sueur perle à son front. Et il ne semble pas m’avoir reconnu. Ce qui saute aux yeux c’est son incrédulité d’homme tronc, il ne comprend toujours pas la raison d’une tel férocité chez ce rasta quinquagénaire. Je suis persuadé que dans sa petite tête une multitude de théories rassurantes livrent un âpre combat à la peur qui le noue.

Sans même me servir de la menace du couteau je le menais tout droit dans la gueule béante du grand coffre, sa sacoche en guise d’édredon. Il résista un peu, sautillant sur place pour me distraire mais d’un brusque coup dans les côtes je su me montrer convaincant. Je venais de l’aider à basculer vers arrière, il était là en position fœtale, comme un joli petit paquet cadeau, les yeux révulsés, gonflé et cramoisi du visage, éprouvant toute la peine du monde à inspirer. Et je n’éprouvais rien, pas le moindre sentiment. Aussi froid que la mort menant son œuvre Nicklaus la brute, Nicklaus le vengeur venait d’atteindre au détachement suprême.



Marthe sort tout juste de la bouche de métro. Elle regarde alentours, ses petits yeux perçants scrutent chacune des voitures qui s’approche ou ralentit à proximité du trottoir. D’un bref appel de phares j’attire son attention puis roulant au pas me gare à sa hauteur.

« Salut ma belle, se’vice exp’ess ca’osse à toute heure ! » Cette fois j’ai délaissé l’accent belge pour un authentique parlé « Petit nègre ». J’en aurais honte si ce n’était pour la bonne cause. Sévices à toute heure. C’était bien trouvé ce petit truc là !

- Monsieur Spinetti m’envoie, j’espère que je ne vous ai pas fait attendre.

- J’arrive juste.

Elle ne me laisse pas le temps de descendre lui ouvrir, elle grimpe.

- Monsieur Spinetti a insisté pour que je prenne bien soin de vous. Agis comme si tu devais accompagner ta propre sœur, y m’a dit. C’est beaucoup d’honneur, même si ma défunte sœur nous a quitté l’année dernière.

- Désolé pour vous.

- Oh ! Faut pas !

Non, faut vraiment pas. C’est fini tout ça. Terminé d’être désolé pour moi. On va remettre les pendules à l’heure, on va voir jusqu’où il peut aller le bâtard estampillé SPA.

- Je m’appelle Melvin

- Et bien, bonsoir Melvin.

Elle ne me reconnaîtra pas, en lévitation sur son petit nuage elle sourit. Hébétude de l’amour sans risque. Le visage de Marthe capte et absorbe la lumière sous chaque lampadaire, je ralentis dès que nous sortons de l’ombre et l’épie dans le petit miroir. Sa bouche montre les dents du côté droit, elle regarde dehors. C’est la petite fille en route pour le pays des fées, à bien y regarder il semble qu’elle se soit épilé les sourcils, que leur courbe ait changé de direction. Ces fines virgules bleutées ajoutent un peu de dureté à son regard humide. Je suis loin de subir toute bouffée mélancolique, je ne perdrai pas mes moyens cette fois.

Elle n’est pas là, cette femme dans mon dos n’est qu’un souvenir importé du passé. Cette Marthe là pour Nicklaus n’est que l’image qui motivera la complète réussite. Sur la banquette arrière se tient la futur spectatrice du spectacle, l’unique privilégiée conviée à ce grand bal. Et elle me paraît étrangère, aussi parfaitement étrangère qu’un personne à qui on s’apprête à faire mal. Je la contemple et elle est comme transparente, à travers elle je vois mon joli paquet ficelé qui rampe, souffre, ravale ses cris. Spinetti et moi sommes de toutes façons les sacrifiés de cette histoire, deux fantômes issus du malstrom sentimental couvé par Marthe cette dernière année. La leçon que je m’apprête à lui servir : le sacrifice et la présentation du cadavre aux enfers vont à jamais modifié sa vision épileptique du monde. Marthe et ses futilités vont entrer en collision avec la dure loi naturelle. Qu’elle a violé allègrement chaque seconde depuis sa naissance, qu’elle a piétiné aussi sûrement qu’elle ne croit en rien.



Marthe refusa de me croire lorsque je lui annonçais que la villa de Spinetti se trouvait là-haut, sur la butte. Elle consentit à sortir du taxi, mais pour s’y adosser aussitôt, perplexe, l’œil dans le vague, n’entrevoyant rien que la voûte sombre et inquiétante des arbres tout au long de la pente. Ce court silence me laissa loisir de m’approcher du coffre. Je l’ouvrais sans trop de peine, l’otage s’était calé bien au fond, et émettait toute une série de son bizarres, entre gémissements et crise de rage. Son corps était lourd et offrait peu de prises, en y ajoutant cette dynamique de ver de terre à l’agonie il devenait inutilisable. Je dus cette fois encore le menacer de ma lame pour obtenir son attention. Je hissais difficilement sa lourde masse hors du coffre, mais je m’étais surestimé, son corps chuta lourdement au sol.

A SUIVRE

mardi, 31 janvier 2006

Marthe et les barbus (extrait)

Ou il est question du Che, d'amour, de voyage et de l'enfer du petit écran. A paraître chez un éditeur de bonne volonté, dès que le marché de l'édition sera désengorgé, moins monopolistique, plus ouvert, etc

Dans la montagne profonde
assis sur un tapis de mousse l'air insouciant
un singe crie
SAIGYO


La relique est sur le mur me faisant face. Un vieux stimorol et une bonne dose de salive m'ont suffit à la fixer. C'est une vieille photo noir et blanc toute froissée, de celles qu'on garde des années , sans même s'en souvenir, sans jamais prendre garde à ce papier plié à l'ongle et fourré dans le portefeuille. Assez curieusement ils se sont empressés de prendre mes lacets et tout le reste sans se préoccuper de la photographie jaunissante. A la minute même du premier cliquetis délicat de serrure je l'ai découverte dans une poche. Surpris d'abord j'ai fini par l'installer bien en vue, en point de mire. Et contre toute attente ces silhouettes sont la meilleure compagnie que je pouvais souhaiter dans un moment pareil, cette petite mêlée joyeuse a quelquechose d'apaisant.

Kakis et barbus, authentiques héros de la révolution cubaine, mes francs camarades se tiennent debout devant le drapeau à l'étoile. c'est pour l'anonymat sans doute que j'ai conservé la photo jusqu'ici, pour leurs visages rayonnant d'inconnus mystérieux. Ils sont cinq, pas de Che ni de Fidel, juste des tigres brandissant leur kalachs, des hommes de main, des militants puant à plein nez, trempés de sueur et de boue, du fuel des camions bâchés qui les emportèrent victorieux jusqu'à La Havane. Ils sont ma petite fenêtre de cellule, ma justification, mon salut. Marthe n'y comprendrait rien, elle doit sangloter à cette heure, chialer comme la sale petite garce qu'elle est, chialer pour la galerie en espérant qu'on viendra s'attendrir sur sa tronche de reine du bal. Elle n'a jamais eu le moindre sens des responsabilités, ni une once de conscience. Quand je songe à elle c'est l'image grotesque d'une poule naine qui domine, une poule naine, avec une pleine cartouchière de préjugés, de fiel automatique; non c'est plus qu'une image, c'est comme un totem, un totem creu qui se serait fiché dans le sol pour souiller mon petit monde.

mercredi, 18 janvier 2006

Un nouveau primate sort de la jungle

medium_kalanoro2-1.jpg"Rien ne saurait étonner un américain"Jules Verne


Article comico-informé
Les américains ont la fâcheuse tendance à avoir toujours une longueur d'avance. Après la lune, le fond des océans, la chirurgie esthétique, voilà qu'ils ont entrepris de s'intéresser à de nouveaux territoires sauvages. Sans nouvelles des Aliens depuis que Ben laden leur avait piqué la vedette dans la catégorie du "Mystère caché qui explique tout" nous respirons enfin, un remplaçant est en route, gloire aux spin doctors ! Un nouveau héros arrive ! Et il est Africain, on l'appelle pour l'instant le Kalanoro, il est flippant, brouillon, hirsute, agressif, vit en bande, pour un américain le kalanoro réunit tous les stéréotypes rattachés à l'Afrique. Mais précisons les origines de ce petit être gris.
Sur Cryptomundo, un certain Loren Coleman, nous annonce qu’une unité de marines américains auraient entraperçu plusieurs représentants d’une nouvelle espèce de primates. Le détail de la découverte est donc rapporté sur un site hautement scientifique, étayé, pas du tout occulte et frappadingue [?!] : Cryptomundo, terre d'asile de Big Foot. L'information est ensuite relayée sur Boing boing. La rencontre improbable aurait eu lieu durant des opérations secrètes en République démocratique du Congo entre 1997 et 2002. Période de guerre dans l'ex-Zaire. Suivant ce que rapportent les membres de cette unité d’élite des marines, ces créatures, de la taille de chimpanzés, mais pratiquant la bipédie avec décontraction, auraient le dos hérissé de piquant semblables à ceux des porc-épics, et c’est tandis qu’ils tuaient sauvagement un animal que les marines auraient surpris 13 d'entre eux, piquants hérissés par l'excitation de la chasse. Par ailleurs ce curieux animal vivrait en milieu aquatique. Les créatures aperçues en République Démocratique du Congo seraient cousines d'une autre créature connue, d’après ce que l’on nous explique, depuis toujours des Malgaches : le Kalanoro qui malgré ses pouvoirs télépathiques et son apparence humanoide reste considéré comme un animal. Le dessin de Harry Thrumbore le représente. Madagascar est depuis toujours un haut lieu de légendes et de récits ayant trait à des créatures magiques. Imaginons la migration du Kalanoro de Madagascar à la République démocratique du congo, un périple difficile si l’on songe aux nombreuses guerres civiles en cour dans cette partie de l’Afrique... Bien entendu, comme dans toute nouvelle de cet acabit il existe une preuve : une vidéo de trois minutes classifiée par l’armée, car on se doit d’ignorer pleinement les raisons de la présence d’une unité spéciale de marines en plein milieu du conflit de l’ex Zaïre. Et c’est là que cette histoire improbable, cet énième hoax (canular se baladant sur le net à la vitesse du téléphone arabe) nous intéresse. Des unités d'élite américaine en plein conflit au Congo, tout le monde rêve d'en avoir la preuve.
medium_afrique.jpgEntre 1997 et 2002 Il y avait bien des unités d'élite de l'Armée américaine dans cette région et elles avaient pour but l'entraînement et la formation des forces de l'AFDL, Alliance des Forces démocratiques pour la Libération du Congo qui se sont depuis emparées du pouvoir en RDC, au prix de nombreux massacres et déplacement de réfugiés que dénonce l'association Human rights Watch :

* Mener des enquêtes afin de déterminer si, parmi les militaires impliqués dans des massacres de civils ou dans d'autres violationsdu Droit international humanitaire certains ont reçu un entraînement de l'armée américaine ou d'autres agences américaines, dans la région ou aux États-Unis. Rendre publiques les identités de tous les militaires dans ce cas, et faire en sorte qu'ils soient poursuivis par les autorités compétentes.

Morale tragi-comique

La morale de cette histoire c'est que ces petits êtres perdus, chassant fièrement au fin fond des forêts denses du Congo, (elles le sont forcément pour que ces trolls amphibies se soient cachés si longtemps), fuyant les humains, tentant de préserver leur culture de chasseurs-cueilleurs et probablement un tas d'autres qualités... ces petits êtres surpris par une caméra dans leur quotidien, sans le savoir détiennent la clef d'une bataille géopolitique, c'est un peu comme si le Yéti détenait les clefs de l'occupation chinoise au tibet. Sans nous emballer il est possible d'affirmer que la politique internationale entre dans une nouvelle ère. Si tout celà est vrai, ( on attend les articles dans "Nature" et le "New York Times") Guantanamo verra débarquer des prisonniers d'un nouveau genre : petits singes gris perdus dans leur camisole orange XXL traînant tristement la patte pour rejoindre le réfectoire. Il faudra capturer tous les Kalanoros, car il est tout à fait possible qu'ils nuisent aux intérêts américains. La main mise des états-unis sur les richesses du Congo est à ce prix. Evidemment si cette histoire n'était qu'une énorme fumisterie, si les unités d'élite américaine sous l'abus de psychotropes, LSD ou autres, avaient confondus un mariage pygmée avec un scène de chasses de lutins, évidemment à ce moment là le gouvernement Bush tomberait, éclaboussé par le scandale, les français à leur tour décideraient de rendre un peu de son indépendance à l'Afrique et sur le champ le monde serait plus beau.

samedi, 14 janvier 2006

Principe de précaution.

medium_picture4.jpgIl a fait pas mal beau hier. Je venais tout juste d'acheter mon pain, le pharmacien de la place, prévenant comme un dealer à la rentrée étudiante conseillait une cohorte de vieux sur la nécessité de se faire vacciner contre la grippe, d'acheter du Tamiflu en cagette de 100, et d'arrêter de fréquenter des poules qui connaissent des migrateurs, c'est que même chez les bêtes à plume tout ce qui voyage a mauvaise réputation, allez savoir pourquoi y'aurait des oiseaux voleurs de poules qui se soignent à l'anisette et jouent de la guitare debout jusqu'à pas d'heure...
Moi je dis que le meilleur moyen de pas chopper ce gros rhume qui tue c'est encore de garder le sourire. Je traverse l'hiver sans m'en faire, je distille mon ennui c'est sûr, la retraite c'est un chômage qui dit pas son nom. Mais c'est toujours possible de trouver de l'animation... hier tiens, je suis tombé sur un chantier de décontamination de dioxine, en tant que voisin, vu que l'ancienne décharge je la connaissais bien pour y avoir appris à tirer à la 22 sur les rats. Et ben vla ti pas que débarque une bande de scientifiques chevelus attifés comme des apiculteurs du dimanche, on aurait dit l'équipe cousteau qui planquait des méduses. On a causé un moment vu qu'ils en connaissaient un rayon sur les danger de la prolifération, la pandémie et tout le toutim. A les écouter un virus mutant est en route, les turcs vont être décimés, mais l'occident s'est prémuni, comme d'habitude les morts seront à nos portes... Mais bon faut quand même voir que des métiers de fainéants qui coupent les cheveux en quatre y'a qu'à se baisser pour en trouver. Quand je pense que la vache folle c'est la faute aux indiens qui jettent tout dans le gange. D'ailleurs après avoir fait trembler l'europe toute entière on en est où du fléau ? 10 morts. Respect pour les familles mais on nous a gentiment chatouiller la paranoia pour pas grand chose alors, au moins on est sur que les vaches mangent plus de vaches...
Et les porcs ? Dès qu'on met le nez dans ces histoires on va vers une gentille angoisse du 20 heures, entre deux cyclones, trois où quatre guerres, quelques milliers d'immigrants qui se jettent sur les barbelés de l'Europe. On se demande si ça laisse du temps aux chômeurs pour penser à leurs petits soucis... Ca me rappelle l'histoire d'un collègue qui s'était acheté une encyclopédie médicale pour se détendre après le boulot, il a fini plus hypocondriaque qu'un Druker à poil long, je crois même qu'il en est mort avant d'arriver au chapitre des virus mutant...
Le plus drôle dans tout ça c'est qu'en Afrique ils ont beau gueuler, les labos pharmaceutique bougeront pas le petit doigt pour quelques millions de morts du SIDA à venir, femmes, enfants et tout et tout ... Un conseil amis Africains faites mine d'abattre quelques centaines de poules avec un peu de chance tout ce beau monde qui contrôle les brevets et organisent la pénurie finira bien par se retourner sur vous, s'ils arrivent à lever le nez de leurs dividendes...

mardi, 10 janvier 2006

Télévision au scanner

En conclusion du film de G. Clooney "Good night and Good luck" il ya cette profession de foi du héros : Edward R. Murrow parvenu sans courber l'échine, mais au prix de sa carrière, à défier Macarthy. Il dit à peu prêt ceci : la télé peut enseigner, éclairer des millions de personnes, elle est un instrument qui peut inspirer aussi mais à condition que ce soit le fruit d'une volonté, si l'on veut qu'elle ne soit qu'un instrument de divertissement, d'amusement et de cloisonnement, elle le restera. C'est une question de complaisance, ceux qui affirment que personne ne regardera des programmes destinés à éclairer, à informer qu'ont-ils au juste à perdre à essayer ? Si certains n'affirment pas la volonté d'utiliser cet instrument suivant ces principes alors la télévision n'est pas autre chose qu'un meuble lumineux.
medium_2005sstv_nb.jpgC'était en 1958, quelle différence avec notre télé de 2006 ? Non, nous ne sommes pas soumis à la chasse aux sorcières, passées les habituelles dynamiques, homme politiques-journaliste-recettes publicitaire-démagogie. La question d'une télévision riche, lucide et utile ne se pose apparemment plus qu'en terme de pourcentage, les chaînes privées peuvent faire ce qu'elles veulent puisqu'Arte et la Cinquième remplissent leurs rôles de télés intelligentes (sic). Toujours ce magnifique cloisonnement français, on ne peut pas tout faire, soit on distrait, soit on informe. Et que dire des journaux télévisé, qui s'emballent désormais sans recul, avec non plus la volonté d'informer clairement mais plutôt de soumettre les spectateurs à des stimulis émotionnels, qui après quelques jours s'avèreront être des informations non vérifiés, des rumeurs... pour exemple le "train de l'enfer du nouvel an." Très visuelle et choquante comme image mais information à peine étayée... juste de quoi donner du grain à moudre à quelques politiciens toujours sur la brêche et présentateurs en mal de sujet. Murrow ne parlait pas d'autre chose que d'intégrité, de conscience, mais nous dira t-on le cynisme emporte tout à la longue, l'énergie des jeunes journalistes volontaires que l'on usera comme on use les scénaristes, et réalisateurs motivés, porteurs de sujets intéressant mais pas "vendables", hors du créneau, "trop", entendez : trop vrai, trop en avance, trop moraux quand les gens veulent qu'on les délasse le soir et non qu'on leur administre une énième prise de conscience. La télé prozac contre la télé lucide, le choix n'a pourtant rien de cornélien, mais dans notre beau pays, on dira toujours que les gens ne sont pas prêts, parce qu'on l'a décidé d'avance... medium_the_wire.3.jpg
Si vous tendez l'oreille, à la radio, à la télé, dans la rue, au bureau, à l'usine, vous entendrez les beaux parleurs, les causeurs avec un avis sur tout, des spécialistes ouvrant des débats, tournant des pages. El Fernando a depuis longtemps décidé de n'être spécialisé en rien, sinon en vie intra-utérine 8 mois d'emblée, puis une trentaine d'années et quelque en vie intra-citadine, sirotant un petit biberon de réalisme acidulé quand amoureux des polars je dois subir les bluettes françaises décrivant la vie du commissariat flambant neuf de la PJ St Martin, aussi proche de la réalité qu'un épisode de Madame est servie le serait de votre vie familiale. Subir aussi les sagas de l'été, réunissant des millions de gogos autour d'un Dolmen de studio qui a tout d'un Menhir et qui nous solde une Bretagne en cirée jaune et intrigue à la "club des cinqs" j'ai mal à ma télé comme disait De Gaulle, main sur le coeur et téléphone à l'esgourde pour dicter sa vision des choses à l'ORTF. Les choses ont elles changées ? Evidemment c'est mieux qu'en Italie où la totalité des chaînes est entre les mains d'un seul homme, mais chez nous c'est l'autocensure qui prime, la guerre préventive faite à l'intelligence des téléspectateurs conduit à l'écoulement régulier d'un bouillon immonde, d'une tambouille à laquelle Arte par à coups parvient à donner un peu de goût. Les fictions françaises c'est un fait et pas seulement policières, nagent dans le bonheur et le débile, les instits sont des Mac gyver, les flics des clones balladurisés d'un Roger Hanin qui s'essoufle, les brocanteurs sont psychologues et en fait de fictions on nous solde un téléthon des familles, qui fait oublié au quidam son petit quotidien délavé dans un jus de chausette en 52 minutes. Vent discret de la fiction ampoulée où le carrément foutraque et magique avec Mimmie matty en mère Térésa invisible côtoient les reconstitutions en costumes à faire mal aux yeux. Seules entorses à ce sérialement correct : "Engrenages" sur canal et "Clara Sheller" puis retour aux remake et à l'utilisation de quelques scénaristes qui ont fait leurs preuves : les Maupassant, Alexandre Dumas et autres. A l'opposé les maudits ricains ont depuis longtemps saisi le potentiel du format télé, de la liberté qu'elle offre, de l'espace pour développer des histoires, faire grandir des personnages et amener la réflexion chez le télespectateur. On se plaint de notre télé en France parce qu'elle est uniforme, s'autocensure, se diperse dans le vulgaire et d'inutiles chroniques nombrilistes, le parisianisme tounant à vide, notre télé ne nous ressemble pas et pourtant quel outil ! Quel potentiel ! A quand une télé comme HBO aux états-unis qui développe des projets comme "Oz" ou "The Wire" en réunissant les meilleurs des scénaristes, des acteurs, des producteurs avisés, écrivains informés. Société civile au travail, penché sur sa réalité et analysant les faits sans fards, sans collusion, dénonciation réaliste au fond. Et il faudrait ajouter "The shield".
A quand une série reprenant en France les affaires de corruption des politiques, les liens coupables de la presse et des pontes du pouvoir depuis plus de trente ans, le tout en nous décrivant la réalité de la rue, des trimards, des gens qui se bougent ailleurs que sur les marchés typiques ou l'île aux enfants. Ni la télé , ni le ciné en France , à quelques exceptions (Les mauvais joueurs, 36 quai des orfèvres, Sur mes lèvres, le petit lieutenant...) ne se penche avec lucidité sur les réalités de tous les jours, des Pialat, Sautet, Beauvois... la télé américaine en a des équivalents prestigieux. Quand des noms comme ceux de David Simon, Edward Burns, chroniqueur pour la section criminelle du Sun et inspecteur de police. Dennis Lehane auteur de "Mystic River", George Pelecanos, auteur de polars et producteur des frères Coen dans les années 80 se penchent sur le berceau , nul doute que le bébé sera beau et digne de ses pères spirituels, imprégné de réalisme, à un point rarement atteint, comme le souligne ce site d'afficionados francophones de la première heure : The Wire - France.
Si la seule qualité de la série se limitait au réalisme celà finirait par ne mener nulle part, mais non les intrigues, les personnages, leurs faiblesse, leurs ambitions, leur ennui tout celà nous attache irrémédiablement à une poésie noire des jours de boulot. Prolos et notables. Au turbin les flics, les dealers, les dockers, les politicards, toutes les ruches bourdonnent et ce que le travail produit c'est en permanence du pognon, de la destruction, des solitudes citadines, alcool, prostitution, hypocrisie... des toxs qui s'en sortent, des flics qui plongent, des dealers qui voudraient rêver d'autre chose, des prédateurs... on retrouve le fond du fond de toutes nos sociétés. C'est Bukowski sur les docks. Avec pour la saison 3 un parfum de Western urbain en plus, quand un major de police, sans prévenir sa hiérarchie décide de nettoyer la ville de ses dealers en légalisant le deal sur des petites zones, édifiante démonstration alors du cynisme des politiciens, attachés à leur sondage, gouvernant non pour l'intérêt de la communauté mais dans un pur souci de préservation personnel, et d'ambition. C'est toute la politique des minorités, politique sécuritaire, l'absence de l'état américain sur le terrain social qui est illustré. Sale boulot laissé aux flics et au juges sans rien de concret du côté de la prévention. Ca ne vous rappelle rien ? La saison 4 sera consacré à l'éducation, sujet particulièrement d'actualité ici aussi, répression, éducation, et si tout celà restait quoi qu'il arrive une question de business ?medium_ep37_omar_bro_mouzz.jpg
Saisons 1 et 2 en coffret DVD

dimanche, 08 janvier 2006

El Fernando n'a pas sommeil

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"Ce livre n'est pas seulement une insomnie, c'est aussi un voyage. L'insomnie appartient à qui a écrit le livre, le voyage à qui l'a fait." Antonio Tabucchi.







Je me suis verouillé à une machine expresso pour expérimenter l'insomnie sur plusieurs semaines. A quoi bon, me direz-vous ? A quoi bon mettre à mal un si précieux équilibre de veille et repos qui jusqu'alors me gardait pied vif et oeil alerte. A quoi bon des litres de café pour des pupilles en dilatation permanente, un esprit s'embrumant à mesure que je m'excite au clavier, peut-être pour les déphasages à la mesure du surprenant quotidien... C'est la vision de "The machinist" de Brad Anderson qui m'a jeté dans ces travers expérimentaux, dont je suis coutumier ( souvenirs de peyotl à la vision de "Blueberry" et "La forêt d'émeraude", Pastaga pour la rétrospective Jean-Marie Poiré à Sète et autre Marijeanne pour "Country man") Session 9 son précédent film approchait la question de la schizophrénie sur le versant homicide sanglant dans un ancien hopital psychiatrique désaffecté, flippant mais assez prévisible et brouillon. "The machinist" creuse le sillon du trouble de la personnalité avec un Christian Bale, habité par son rôle et qui au delà de la performance physique, parvient à vaciller à l'infini, maigre comme la mort, ouvrier en voie de disparition accroché au fil de ses souvenirs par quelques post-it sur un frigo. Hagard, regard vide, il erre sans but, juste la paranoîa pour tenir. Il est cette machine à vivre dont la conscience semble s'en être allé avec les derniers réflexes élémentaires de survie. Il ne dort plus, la frontière entre lui et le monde tient dans l'épaisseur d'un papier à cigarette, mais il est loin d'avoir la force de déchirer ce voile qui dissimule l'essentiel. Le sujet est creusé, lentement, surement, jusqu'au malaise. L'insomnie n'est peut-être qu'un symptôme alors, ou la chance d'ouvrir un autre champ de perception. "Fight club" de David Fincher d'après le roman de Palaniuk s'entame sur la même constatation, le héros ne dort plus, et comme Alice il traverse le miroir, "Fight Club" n'est pas un fim de résistance altermondialiste où une bande de nihilistes mettraient à bas la société de consommation et ses vitrines, comme pour "The machinist" c'est la mise en scène réelle d'une guérison à l'oeuvre, le machiniste va jusqu'à se réduire à l'essentiel, réduire son monde en peau de chagrin, devenir une enveloppe pour atteindre à l'essentiel, à la réponse. Tyler Durden, lui, détruit en lui, autour de lui, jusqu'à ce que la chute de ce monde, de ces tours sur l'échiquier change la donne du schéma où il est enfermé et l'amène à renaître du chaos qu'il aura crée. Guérison à l'oeuvre, lutte en chantier à l'intérieur d'un être, la figure du double est l'une des plus mythique de l'humanité, elle fascine et effraie à l'extrême, c'est en quelques sorte l'ABC de l'étrangeté cette image d'un double, Faust, le Horla, les frères Bogdanov, rien au fond n'est plus frappant visuellement que l'Autre héros, le Mister Hyde du docteur Jeckyll, le Gainsbarre du Gainsbourg a condition que le traitement qui en est fait ne soit pas purement manichéen.
Mais si la figure du double en cinéma continue d'être utilisée sur son versant psycho-pathologique dans une production contemporaine anglo-saxonne détaillant nos sociétés schizos, bousculées où des individus en perdition, s'inventent des repères tangents. Le double ouvre aussi au politique et au spirituel, "Mr Klein" de Joseph Losey et "Nocturne Indien" d'Alain Corneau sont encore à la lisière de l'insomnie et du dédoublement énigmatique. Dans "Mr Klein" c'est un grain de sable dans la machine qui va tout bouleverser, un journal reçu à la mauvaise adresse pour mettre un doigt dans la mécanique bien huilée de la collaboration et des rafles. Mr Klein, comme un héros de Kafka pose des questions bien plus vastes que son petit destin de bourgeois contraint à s'impliquer ne pourrait le laisser croire. Cet autre Mr Klein que tout le monde semble poursuivre, cet homme pourchassé, en danger permanent finira par offrir un destin à son double, ce Mr tout le monde qui délaisse ses attributs de lâcheté et d'immobilisme, sacrifiera son petit instint de conservation pour aller jusqu'au sacrifice et la déportation. C'est la question de la responsabilité anonyme qu'interroge Losey. Chacun préservant son petit "quant à soi" laisse faire, fait mine de ne pas remarquer les rafles, la disparition d'un voisin, d'un collègue. Delon, impeccable en Klein, finit par se laisser prendre par le courant, pour se fondre dans ce tout indistinct des déportés et leur donner un visage. "Je suis cet autre, je suis mon double".
Idem, pour "Nocturne Indien" adaptation du roman éponyme de Tabucchi où un homme parti à la recherche d'un ami disparu en Inde finit par se trouver lui même au bout d'un lent voyage halluciné. Corneau parvient grâce à une grande maîtrise à maintenir le rythme lent du livre, sorte de récit de voyage qui n'en serait pas un. Puissance évocatrice, étrangeté, ce qui importe dans cette quête d'un ami hypothétique, en de nombreux point semblable au narrateur, c'est que le héros, J.H Anglade, semble lui même transparent, d'une fadeur taoiste, parfait voyageur dès lors pour souligner la dureté et l'étrangeté des lieux qu'il traverse. Jeu de piste spirituel entre un homme et son double dérobé. Où on se demande qui au fond s'est vraiment perdu. "... Ne crois pas. Ne cherche pas. Tout est occulte." Fernando Pessoa, maître des personnalités multiples est évoqué et Tabucchi qui en est un grand lecteur dans la droite ligne de ces quelques mots interroge au fond le processus de l'écriture, de création lui même. Qui écrit ? Qui filme ? la véritable intrigue est là dans ce questionnement inutile. On ne pourra jamais qu'évoquer la figure du double, elle est avant tout une ouverture sur la question de l'être, question hautement spirituelle de l'ordre du "Qui sommes-nous ? Ou allons-nous ? Vous reprendrez un café ?" à laquelle l'humanité s'efforce de répondre manière comme une autre de passer le temps qu'il lui reste.medium_the_machinist.jpg<

samedi, 07 janvier 2006

Bonne année !

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L'écran d'El Fernando

medium_cruise1.jpgAprès Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.

Eastwood, Mann et Audiard sont sur un bateau

Et Qu’est-ce qu’ils se disent ? Où ne se disent pas. El Fernando avait une petite idée sur la question, et puis risquant le tout pour le tout je me suis dit que ça serait vraiment dommage de ne pas rendre possible cette rencontre improbable. J’ai donc contacté ces trois réalisateurs profitant de leur passage à Paris pour la promo et, soit que les attachés de presse n’aient pas fait leur boulot où qu’une succession d’impondérables leur aient interdit d’approcher la Seine de près ou de loin. Ils ne sont pas venus et votre serviteur au final s’est retrouvé bien concon, seul dans son petit zodiac de location sous le nez du zouave du pont de l’alma, à compter les poissons ventre en l’air et s’extasier sur la nouvelle gamme de peinture anti-corrosion des péniches de bobos. Et tandis que je tanguais tel un Bombard contrarié, genoux en croix, cherchant une explication à ce triple camouflet. J’ai fini par trouver. Sortes de réalisateurs autistes, Clint Eastwood, Jacques Audiard et Michael Mann ne savaient pas communiquer. Leurs personnages déjà donnaient des signaux dans ce sens. La malentendante de « Sur mes lèvres », l’inspecteur Harry maniant plus facilement le magnum que les verbes du Ier groupe, et Mann obsédé par le secret, le milieu et ses tueurs peu loquaces.

«Je fais ça pour vivre» dixit le Vincent tueur à sang froid dans «Collateral» du brillant Michael Mann. Mais je ne sais pas pourquoi je vis pourrait-on rajouter, à se demander d’ailleurs si tout au long du film ça n’est pas cette idée qui compte au-dessus de tout : en finir, terminer par un sacrifice, que la mort au final se dégage comme un principe de lucidité, de libération. Vincent sera le révélateur pour un chauffeur de taxi, dont les rêves ont fait long feu, irruption de la réalité qui le forcera à vivre enfin. Idem dans « Million Dollar baby » où on trouve une autre noirceur à l’œuvre mais tout autant cette impression de lassitude chez ce vieil entraîneur de boxe dont le travail est tout et que l’arrivée d’une jeune boxeuse va sortir de sa torpeur, de ses blessures entretenues. L’amitié comme une vieille cage aux barreaux rouillées faisant entendre sa musique quand Morgan Freeman, vieux boxeur borgne se prend d’affection pour la jeunette. Dans « De battre mon cœur s’est arrêté » de Jacques Audiard, on trouve un personnage à un point de basculement dans sa vie ; violent, en ayant fait son gagne pain, sans recul sur lui-même, il communique par les coups, autant dire qu’il ne sait plus communiquer. Il faudra une prof de piano dont il ne comprend pas la langue, la mort du père pour qu’il sorte enfin de l’ornière. Ces trois films sont bourrés de points communs, l’amour sauvera nos héros, les ramènera à la vie, les forçant à se faire violence. Seul Eastwood détonne, quand les autres reviennent à la vie, lui par amour disparaît. Atteignant une quasi immortalité. On s’attendrait presque au-delà de ce crépuscule de l’idole qu’il revienne d’entre les ombres dans un prochain film comme un Pale Rider centenaire qui se refuse à raccrocher les gants.medium_de_battre.2.jpg
Collateral DVD
De battre mon coeur... DVD
Million Dollar baby DVD

On est tous des number one

"On est tous des number one, même toi" me disait un autre ami, pas journaliste celui-là, ça lui permet au moins de garder un semblant de lucidité. "Tous numéro un ?" me demandais-je sagement installé en terrasse de mon café préféré dans les effluves de massala du boui-boui d'à côté. Non, malgré les efforts, impossible de m'identifier à cette affirmation, rien dans ma glorieuse et courte histoire ne portait à faire de moi un leader, une tête de pont, un premier de la classe, tête à baffes glissant sous les coups vers une renomée tardive. "Je vois pas le rapport avec la choucroute" rétorquais-je au bout de longues secondes imberbes. Non, rien gagné, jamais. Après pas mal de chutes, d'abandons, j'avais lâché la compétition cycliste non sans être devenu la mascotte de la voiture balai. J'en gardais une haine tenace pour le dopage et les fils à papa aux vélos ultra-léger. J'avais même, un dimanche, provoqué une chute en domino de tout l'avant du peloton, pour une fois que je tenais plus d'un tour dans le collectif fluo... Coupant court à ma rêverie mon pote pas journaliste me relança: " Réfléchis ! je te parle pas du parcours de santé de Val Coric ou de la course à l'oeuf de tes 10 ans. C'est directement de la plus cruciale, de la plus existentielle des compétitions dont il est question". Comme je ne voyais toujours pas, triomphant il renchérit :" On est tous les winner d'une première course pour la vie ! ta conception mon pauv' con ! Des millions de spermatozoïdes et noyé dans la masse on s'est donné au maximum pour arriver premier ! Et on la fait ! Premier ! l Si tu réfléchis, la terre est peuplé de number one ! Alors qu'on vienne pas nous bassiner avec des histoires de réussite professionnelle, j'ai pas à écraser mon voisin, ou à cracher sur le père Fourasse pour lui piquer sa place, on est tous égaux bordel, tous number one ! "
Imaginez une course où les perdants sont sacrifiés, laissés pour mort, tombés d'épuisement dans les sécrétions intimes. Terrain difficile, manque de souffle, nous les avons abandonné sans même nous retourner, et ils étaient nos semblables, nos frères d'armes. Mais c'était marche ou crève, c'était eux ou moi. Et peu importe qu'un futur Prix Nobel, un dirigeant du FMI, une marathonienne de tango soient restés dans les starting block, ce jour là c'était mon jour, ma chance et je l'ai saisie. Bon dieu ça vous mettait du baume au coeur de penser une chose pareille. Numéro UNO. Leader ! J'allais entonner un "on est des champions" anachronique debout sur ma chaise quand mon pote me stoppa net dans mon élan. "C'est pas le tout d'être number one, ça demande aussi du style, de la retenue."
Ainsi, nous sommes tous les fruits de l'amour et d'une implacable boucherie. La vie n'étant finalement qu'un gigantesque recommencement et un jeu permanent de chaises musicales, comme dans toute compétition le statut de number one s'entretient. Il faut jour après jour se donner pour réitérer cet exploit, pour se hisser à hauteur de la grande lutte pour la vie, la nature, l'écosystème. Enfin, je dis ça, c'est pas obligé, vu que le plus dur est fait. Faudrait quand même expliquer aux cyclistes que ça sert à rien de se doper vu qu'y sont tous maillot jaune au fond. La si ça lui redonne pas le moral à Poupou, et à tous les Poulidor de la steppe gauloise, aux adeptes des classements à couper les cheveux en quatre! Ouais mon vieux toi aussi t'es un leader, un meneur, un néo-libéral de la jungle humanoïde.
Spéciale dédicace à La Huche.

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