lundi, 20 mars 2006
Carrousel
Il y a une toile d'araignée sur le parapet qui domine le hall d'entrée. Elle est épaisse, accrochée entre deux rambardes et toute grisonnante de poussière. j'ai du la remarquer dès la première nuit qui bougeait dans le sillage de la ventilation. A se demander pour qui elle fonctionne d'ailleurs cette saloperie de clim, attendu que nous ne sommes que quatre ou cinq, entre tôle et ferraille, perdus dans l'immensité de ces trois hectares. Vers deux heures du matin je me souviens m'être demandé, probablement perturbé par cette première nuit blanche, à quoi pouvait bien servir cette vieille toile abandonnée, flottant au vent comme un pavillon pirate ? A quoi servait un piège qui n'avait plus de raison d'être ? Et à qui ? Sans prédateur, sans sentinelle, y avait-il encore des proies ? Ou juste la nuisance permanente ? Le danger qui demeurait bien en vue. Dans ce fil tendu, cette admirable géométrie étirée, sommeillait une menace gratuite, comme si s'était accomplie la synthèse naturelle du beau et de l'ignoble, perfection hypnotique menant à la perte.
Rester sous ce piège alors, une éternité à attendre que celui qui l'avait conçu veuille bien se manifester. Et s'il n'était plus de ce monde qu'un génie quelconque ou le diable en personne fasse un geste au moins, prenne sur lui de m'extraire de cette plaie béante ouverte sur l'ennui.
« La mode est à la réalité »
« Mais là il s’agit d’une réalité fabriquée, factice ! Je débarque, j’espionne, et quand j’aurai bien gratté le fond et tout le reste je disparais »
« T’occupe pas de savoir si ce sera du réel vrai ou du vrai faux, je me charge de l’étiquette »
« Qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter ? »
« Ca je m’en fous, ce qu m’intéresse c’est toi : l’ennemi du bleu de chauffe, le chroniqueur noctambule en mal de sujet parachuté en plein territoire ouvrier, je veux du décalé. Tu peux la jouer : y a-t-il encore une classe ouvrière ou la fraternité des forçats de la nuit. Je m’en fous. Je veux juste que tu rendes ta vision des lieux. »
Un Albert Londres mâtiné d’un chroniqueur mondain en chaussures de sécurité. Pascal, préoccupé de la mode, comme si la réalité, la vrai n’avait pas de tout temps constitué le principal aliment dans notre branche journalistique, Pascal attendait que je fignole des portraits haut en couleur en singeant la chronique ordinaire du quotidien d’usine, je crois qu’il se foutait pleinement et consciemment de ce que pouvait signifier le fait de trimer 40 heures par semaine « je veux quelque chose d’aéré, de nécessairement drôle. » Rien n’est plus difficile que de dire non à un ami, à fortiori quand celui-ci est votre patron, celui qui vous a mis le pied à l’étrier. Il me sembla d’entrée que cette idée de reportage ne présentait aucun intérêt, mais Pascal ne voudrait certainement pas en démordre, pour lancer son quotidien gratuit sur Paris, il avait décidé d’innover, une ligne éditoriale inédite en somme, de quoi combler le sacro-saint fossé entre le populo et l’actualité, il fallait les accrocher comme la télé le faisait, tout en les initiant à de l’inédit qui ne soit ni crapuleux, ni démago, une réalité arrangée saupoudrée d’une pincée de marxisme bon ton. Et pour ce faire il avait besoin de ma signature pour ce premier numéro, une caution en somme, depuis quelques publications récentes et ma chronique hebdo sur les ondes j’avais acquis une certaine visibilité dans le Landerneau Parisien.
Il aurait sans doute été préférable que j’invente tout d’une seule pièce : et ce boulot de nuit, et le décorum qui allait avec. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir leur raconter à tous ces prolos ? Rien après tout, pour fraterniser inutile d’en faire des tonnes.
C’est mon garagiste qui me souffla l‘idée : Peugeot recrutait, et mieux encore les sous-traitants avaient besoin d’agent de production urgemment sur Villepinte. Autant dire que l’aubaine était trop belle. La précarité me tendait les bras. Je mis tout de même une bonne journée à me fignoler un faux CV, Quelques coups de fils à une copine tâcheronne aux Assedic et je les aurais mes faux bulletins de salaire.
Cette période bien particulière de ma vie suivit de peu la naissance de ma fille Angélique : un prénom qu’on aurait dit creusé dans la meringue et que ma femme n’avait eu aucun mal à m’imposer. J’allais les abandonner au plus fort de la tempête, toutes les nuits pour une lubie de rédacteur en chef qui s’était décidé à relire Sartre entre les lignes. Je ferais tout pour ne pas désespérer Villepinte. Assez naïvement je m’imaginais que quelque chose avait subsisté de la fraternité ouvrière, un compagnonnage évident, une conscience de groupe. Toute certitude ne demande qu’à être secouée. Et en franchissant les portes de l’agence d’intérim « Estrajob » je m’exposais, sans même l’imaginer, plus que je ne l’avais jamais fait, bien plus que lors de mes enquêtes sur le Clubbing, les réseaux albanais de putes africaines et la décadence des palais de la république…
C’est un détail qui provoqua la suite des évènements et plutôt que d’en rire comme je le fis dans un premier temps j’aurai raisonnablement du m’alarmer. Je fus recruté non au faciès mais au poids, comme à la criée on emporte ses kilos de poiscaille. Je descendis de la balance avec un ouf de soulagement, justice aveugle, il en serait de cette chance comme d’une illusion ; non en aucun cas je ne pouvais me réjouir d’être ainsi retenu pour entrer dans l’arène. Conscient que mon unique qualité suivant l’avis de la recruteuse de l’agence était de peser 80 kilos, ce mérite pondéral détermina finalement le naufrage à venir. Si j’avais pu le pressentir j’aurai immédiatement entamé une grève de la faim. Aujourd’hui encore quand il m’arrive de croiser Richard le libraire hédoniste de St Maur et son quintal de bonne humeur je pense immédiatement que si j’avais été lui, rien de tout cela ne serait arrivé. C’est complètement crétin mais j’envie obèses et anorexiques, convaincu que la moyenne ne vaut finalement rien pour les trouillards. J’avais déjà connu la trouille, la peur panique, l’étouffement, noyade et orchestration reptilienne du cerveau avec l’instinct comme seul recours, l’instinct de survie, celui qui retient de se laisser aller, de céder aux éléments. Mais d’avoir frôlé la mort ne m’avait pas servi de leçon.
LUNDI
Et dès le lundi je fonçais tête baissée pour participer à la plus absurde des tâches. Mon ironie subversive allait assez vite se révéler totalement inutile dans le contexte démesuré de cette usine déserte, imposante comme une vague de trente mètres sur laquelle je m’aventurais pauvre néophyte, sans rien connaître des rites et priorités de mise dans cette enceinte. Toute lacune ne demandant qu’à être comblée, je découvris assez vite que mon intégration dans le giron noctambule se ferait sans mal, pourvu que je fasse preuve de tolérance.
La MPA pour Matières Plastique Automobile possédait des locaux immenses. Au premier abord, premières impressions : les vestiaires, placards défoncés, et… personne ou presque.
En fait d’enquête sociale en milieu ouvrier je n’aurais rien à me mettre sous la dent. Nous nous étions un peu trop précipité, j’avais pour ainsi dire un mois d’avance sur le recrutement d’une équipe complète, l’augmentation de la production de sièges suivrait bientôt mais les robots resteraient inertes jusqu’à nouvel ordre.
« La nuit provoque une dilatation de la conscience » première phrase, coup d’œil en biais, oui j’avais bien entendu, et le type de la sécurité s’avéra coutumier de ce genre de trait d’esprit. De fait, tout ce qu’il y avait de dilaté chez lui c’était les pupilles, abus de psychotropes, de bédos et de caféine, abus tout court, l’œil rivé sur un écran de contrôle en direct du néant de la zone des quais, là où jamais rien en se passait, mais où « tout pouvait arriver » comme il me l’assura, sa chienne Rott posée sagement à ses côtés et n’entravant rien des errances de son maître, vigile philosophe de moins d’un mètre cinquante. Je gardais pour moi mon sentiment : la logique aurait voulu que l’on braque les caméras de surveillance vers l’intérieur, là où sommeillait le danger, le vrai. Dès les premières heures de mon immersion dans ce milieu d’astreinte je compris que quelque chose n’allait pas, que toute la tripoté de salariés marchaient de travers, tous plus allumé les uns que les autres.
Paulo passait d’ailleurs. Bonnet de laine et triple épaisseur de nylon imperméable sur les épaules quand tout le monde accablé de chaleur bossait en tee-shirt… Sa nettoyeuse faisait un bruit d’égout que l’on purge, le moteur électrique sifflait en continu mais lui ne cillait pas, imperturbable Sancho sur sa mule mécanique, visage fermé, il avait décidé de décliner toute responsabilité en cas de travail mal fait et repassait sur les mêmes traces de bavouilles humides de l’engin, plusieurs fois par nuit, convaincu qu’il fallait insister là où c’était déjà propre. Dans l’hypothèse où pour l’arrivée de l’équipe du matin on se décide à dérouler le tapis rouge dans l’allée principale. Haie d’honneur des décimés de la nuit, jets de grains de riz dans les effluves d’après-rasage… Paulo gâchait son talent de grand organisateur festif dans un travail approximatif. Dès le premier soir j’hésitais à le trouver juste « simple », la simplicité n’étant pas un vice il fallait qu’au moins j’envisage un autre terme. C’est qu’il avait en même temps qu’une grande capacité d’écoute tous les attributs du psychopathe qu’il faut éviter de contrarier : l’œil blanc et qui fuit vers des sommets de funambulisme en pleine conversation, la glotte remontée en permanence comme si la pomme d’Adam cherchait à se faire la malle par tous les moyens, une manière hallucinée aussi de taquiner l’intérieur de ses narines avec des allumettes aux bouts noircis. Peut-on attendre d’un psychopathe qu’il reste « simple » ? Ce fut là en tout cas le premier vœu que je fis quelques minutes à peine après notre première conversation. Sa soudaine apparition en slip bleu, se dandinant sur le tarmac en ciment de la zone chimique ne fut dans cet ordre qu’une facétie de plus, digne du ballet des éléphants de Fantasia cernés de fenwick. Et sitôt l’effet de surprise estompé, je décidais de ne plus me laisser surprendre.
J’étais passé sous la coupe d’une troïka addictive : l’usine, la nuit et ses habitants. A mi-chemin entre l’île du docteur Moreau et le manège enchanté, je me trouvais bien incapable de trouver la situation plus risible qu’étrange.
L’essentiel de mon activité consistait en une flexion extension savamment et inlassablement répétée. Mon prédécesseur ayant semble t-il rendu les armes le jour où ses genoux avaient triplé de volume, pour mon confort la place ou je déposais les sièges cuirs BBR, et chauffe-culs avait été surélevé de deux palettes. Je m’asseyais, mesurais sur l’ohmmètre : « rebut / pas rebut », les bons sièges étaient gardés, les mauvais partaient à la benne, c’était d’une simplicité biblique et après deux heures d’astreinte j’éprouvais un bonheur sans nom à jeter les mauvais de toutes mes forces dans les bennes, choisissant à mesure que la nuit avançait de viser au plus loin.
MARDI
Rien ne va plus. Mon immersion s’accélère. J’avais tout à craindre d’une contagion aussi rapide et pourtant il semble que je parle aux fauteuils, faute de compagnie. Je me suis surpris en train d’observer chaque recoin de l’usine avec une méticulosité que je ne me connaissais pas. J’ai depuis mon arrivée, comment dire, des yeux derrière la tête, des réflexes d’agent en mission et qui craindrait pour sa vie, je suis vigilant comme jamais, bien trop nerveux. Sans raison objective. Je me suis aventuré du côté du grand robot qui gémit à l’autre bout de l’entrepôt, dans une semi obscurité il est pour l’heure inutilisé mais je pressens toute la force d’attraction qu’il peut avoir quand il se met en branle, c’est un grand manège, un carrousel parsemé de gangues sur tout son pourtour et sur lesquelles on vient fixer comme des secondes peaux les jupes de cuir qui bourrés de mousse toxique serviront de dossiers dans les futurs véhicules toutes options. Sonné peut-être par la réalité démesurée du parcours qu’allaient suivre ces fauteuils avant de terminer sous le cul d’un quinqua paradant sur le bitume, voilà que je reste l’œil fixe, un peu déséquilibré comme si l’immense machinerie s’était mise en branle.
Elle n’est qu’à un mètre de moi, elle fait le pied de grue, entraînée dans la lente valse entamée par le mouvement circulaire, je m’avance pour la soutenir de peur qu’elle ne trébuche puis ne tombe, paupières close comme à son habitude quand elle se laissait aller, bientôt en un instant elle est à terre, ses doigts glissent entre les miens, phalanges après phalange… Elle m’échappe cette fois encore, à portée de la mâchoire imbécile du robot qui vise sans rien discerner puis décoche imperturbable ses jets d’additif désolant de blancheur. Coup de gong, la sonnerie de trois heures, déjà… C’est dingue ce que je peux manquer de sommeil. Le décalage horaire joue t-il sur les mirages ? Toujours cette clarté basse, mais le robot est bel et bien immobile.
Ca a bougé du côté du grand bras automatique, haut comme cinq Jean Valjean peints en jaune. Et il n’y a aucune raison valable pour que ça bouge de ce côté. Voilà que ça bouge encore, j’ai la gorge instantanément serrée, en un instant je prends peur, une silhouette, rien moins que ça, une silhouette furtive, silencieuse. Une simple impression de présence et voilà que c’est la débandade, les nerfs qui lâchent, la fatigue un peu, une grande nuit pour trembler de trouille, tout seul, au moins à six cent mètres des collègues qui bourrent leurs appui-tête sans lever le nez. J’ai l’échine humide comme un vieux canasson entamant son dernier tour de piste, bride à terre, les membres raidis et qui ne trouvent le sol qu’après une longue et éprouvante recherche, un méchant tâtonnement. La faim, la fatigue, tout cela conjugué aurait suffi à me mettre dans un état aussi lamentable (?) J’ai grand besoin d’un café. Le prétexte est tout trouvé pour fuir à l’autre bout de l’entrepôt sans me retourner… Quand j’arrive près de la machine, un vieux en salopette brique est déjà là, peau épaisse striée de rides en tous sens, cheveux gris plaqués, c’est la première fois que je le vois. Mais à sa façon de me toiser il a l’air de me connaître.
Y a t-il un sentiment obligé qui conduirait à croire en une pareille rencontre ? Visitation serait d’ailleurs un terme plus juste. Soyons sérieux. Le vieux avait un visage issu d’un compromis entre Léo ferré et Hubert Reeves, dents en éventail, sourire permanent, regard franc mais qui ne disait rien de particulier. Il se dégageait de sa présence une intensité peu commune. Et même s’il n’y eut aucun bavardage proprement dit, lui s’étant contenté de quelques grognements et moi de hochements de tête ostensibles qui disaient toute la richesse de mon intériorité, je ne fus pas loin du sentiment d’avoir eu une conversation satisfaisante, sans silences gênés, sans approximations. A deux reprises quand je lui demandais si ça allait il ne fut pas loin de réussir à articuler. Rien là de bien étonnant, le type pouvait être un employé Cotorep, sourd à cent pour cent. Le véritable mystère, le point de détail qui fit poindre une inquiétude c’est qu’au moment de partir après seulement deux minutes de présence le vieux ne le fit pas communément. Il s’éloigna d’abord sans se précipiter, comme le font les gens bien éduqués puis, sans prévenir s’évapora tout bonnement entre la grande poubelle à recycler les gobelets et la table couverte de magazine. Soufflé, j’en restais sans penser à respirer pendant une longue minute, reprenant mon souffle au bout d’une longue apnée. Mon cappuccino au fond de sa tasse tirait sur le rouge du sang de bœuf. Je n’eus pas le cœur de le boire. Evidemment je passais les heures qui suivirent à chercher le vieux troll un peu partout, sans résultat. Je l’avais pris pour un gars du nettoyage tant je m’étais fait à l’étrangeté des membres de cette équipe, mais quand j’évoquais sa présence à Paulo, je m’entendis répondre qu’il n’y avait aucun vieillard grisonnant à travailler de nuit. Même son de cloche chez le nain de la sécurité et chez son rottweiller. Il fallut me rendre à l’évidence : j’étais le seul à avoir croisé le vieux et à l’avoir vu disparaître comme un spectre rigolard satisfait de sa blague débile. On a beau en avoir vu d’autre, on n’est pas de bois.
Au matin je ne pus me retenir de réveiller ma femme pour lui raconter ma rencontre avec le vieux, depuis plusieurs heures obsédé par son mutisme et sa disparition j’espérais qu’elle au moins saurait dénicher une explication valable. Réagissant dans un demi-sommeil elle coupa court à mon excitation : «Pourquoi veux-tu qu’ils tchatchent sans arrêt, les fantômes ont le temps » « Qui parle de fantôme ? » « Non ? Ah bon j’avais cru… »
Une telle maîtrise de soi n’est possible que lorsque l’on dort en partie, quand des pans entiers de la conscience n’ont pas encore dessaoulé de leur nuit. Réfléchissant un temps je décidais que ça valait sans doute le coup de prendre cette remarque au sérieux. C’était la seule piste. Même s’il m’avait toujours semblé que les spectres devaient avoir soif de s’exprimer, la gueule sèche même, l’envie de hurler, de dégueuler des averses de mots, dépositaire d’une foule d’idées, de sentiments à exprimer. Le vieux devait être d’une autre espèce d’apparition, aussi muet qu’une carpe, autant dire que ça ne venait pas, même mort cet homme là avait de la pudeur, une pudeur absurde puisqu’il avait forcément une raison de traîner par là, et donc une réclamation à faire, des doléances, du concret, du virulent. Mais non on en restait au ras des pâquerettes, rien à déclarer, premier fantôme autiste de l’histoire, comme un clandestin qui s’éterniserait en zone douanière. Désinvolte.
Pour les besoins d’une thèse sur James Joyce ma femme, toujours étudiante, (à 35 ans, la belle affaire !) avait accumulé tout une somme d’informations concernant les fantômes. Je serais bien incapable d’en saisir le lien avec l’auteur de l’Ulysse mais passons… Dans ses notes je dénichais une précieuse information : les portables tuaient les fantômes. Une étude sérieuse due à des irlandais, (d’où le lien avec Joyce…) soulignait que la prolifération des téléphones mobiles coïncidait assez curieusement avec la raréfaction des apparitions de fantômes, autant dire qu’il y avait sûrement là un lien de cause à effet. Les mobiles fonctionnaient en diffusant des micro-ondes, mon Vieux n’était peut-être pas si muet que cela, je l’avais croisé à la cafétéria, entre les fours à micro-onde et mon téléphone portable nul doute qu’il s’y trouvait diminué. Et comme un aviateur à qui la pression fait perdre peu à peu connaissance et qui choisit de s’éjecter du cockpit, le vieux avait choisi de disparaître. Provisoirement. Mon fantôme souffrait donc d’exposition nocive, je me résolus à remédier à ce problème dès la nuit suivante et me couchait presque rassuré, sans douter un seule instant, sans même envisager ne serait-ce qu’une demi seconde que j’étais tout bonnement en train de partir en vrille, de perdre le fil qui me reliait au tangible.
A SUIVRE DANS NOUVELLES (illustrations : Hugo Pratt, MU)
13:41 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature


























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