mercredi, 28 février 2007
"La raison du plus faible" en temps d'élection.
Quel bruit ça fait le désespoir des pauvres ? Je le connais pourtant ce bruit, non c'est pas dans le feutré, c'est pas l'écho de la souffrance sur un plateau où "100 gens de tous les jours" s'émeuvent et s'étalent face à des candidats au changement, non le désespoir c'est silencieux, c'est refoulé, c'est petit comme un pépin au dedans, dense comme un noyau atomique, ça menace de péter, de partir en vrille, mais ça se tient, ça sert les dents, le désespoir ça a de l'honneur et quand y'a plus rien à espérer, quand à force de dire "on verra venir" on sait même plus ce qui doit venir. C'est digne voilà ce que c'est. Comme ce RMIste contraint de creuser lui-même la tombe de son père faute de monnaie sonnante et trébuchante. Les croquants aiment s'émouvoir, se réveillent quand les images sont spectaculaire, quand la misère est catastrophique, noyée sous les eaux, alignée sous des tentes rouges. Mais à la vérité c'est petit la misère, c'est fait de petits riens et d'entraide, c'est des jardins ouvriers c'est le gars tout seul qui surveille sa chaine, le bruit des bouteilles qui s'entrechoquent, tintement du verre. L'oeil aguerri pour traquer celle qui sort du rang, la bouteille couchée qui menace le cheminement de l'ensemble.
Les mots des candidats ça pèse que dalle face à la misère du jour le jour, au trimard du jour le jour, sans plus rien comme raison d'espérer sinon d'imaginer qu'entre un casse et le loto y'a ptet une solution. les fragiles, les soumis, les étiquetés, les jardins ouvriers, y'a dans ce film une chose qui crève les yeux : Rien ne change vraiment , la pauvreté ça se prononce différemment, ça s'anglicise, on fait des "working poor" mais ça pue toujours l'ennui, l'humiliation, l'espoir décu. Y'a dans ce film, les remerciés de la grande industrie, les diplômés sans job, les ex-taulards grillés tentant de se réinsérer sur le fil, y'a une boule dans la gorge. Parce que c'est quasiment de la tragédie grecque, un destin sans porte de sortie, malgré l'orgueil et la rage de s'en sortir. C'est inutile de raconter l'intrigue : en gros, y'a des gars qui voudraient payer une mobylette à un pote pour que sa femme se crève plus à prendre le bus pour aller à l'usine. Et comme toujours, quand on n'a pas le pognon l'imagination fait le reste, ça nous parle du phénomène des vases communicants, le trop plein d'un côté et rien de l'autre. C'est silencieux le désespoir, c'est Lucas Belvaux en "taiseux" malmené par la vie. Rude mais juste.
Le DVD sort le 8 mars si vous aviez aimé la trilogie Cavale, Un couple épatant, et Après la vie vous retrouverez la même intensité sincère.
16:53 Publié dans L'écran d'El Fernando | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : précarité, Belvaux, cinéma, Régnier, misère, roman noir, présidentielle
mercredi, 21 février 2007
Mentir. Télévendre.

Cet après-midi vers 16 heures je me suis levé de ma chaise. Un vent froid a traversé mon petit espace confiné trouant la moiteur agitée de la ruche. Ca faisait bien 10 minutes que j'observais mon écran sans esquisser le moindre geste, un bourdonnement incessant dans l'oreille, un mal de crâne montant de très loin, pas seul non, mêlé à de l'écoeurement aussi. Un trop plein, plus qu'un bourdonnement c'était proprement aussi asphyxiant qu'un claquement de milliers d'ailes de chauve-souris dans une salle blindée de néons. Mal de crâne et bourdonnements, 40 Dominique Lepage, assis devant leurs écrans, casques sur les oreilles tous comme un seul homme poursuivaient leur harcèlement téléphonique : "Dominique Lepage Bonjour, Dominique Lepage Bonjour, Dominique Lepage Bonjour...".Avant mon départ je n'avais passé que 60 malheureux coup de fils, pris 6 rendez-vous, une broutille pour tout dire. Moi Dominique Lepage parmi les Dominique Lepage puisque la règle veut qu'on commence toute conversation par un mensonge : un faux nom identique pour chacun, avec un prénom mixte pour éviter les méprises.
Les compagnies d'assurance explorent chaque jour de nouveaux Eldorados. Elles sont les rois du pétrole, dans une société où la peur dicte une majorité des démarches du consommateur, elles offrent des garanties fiscales, sécuritaires, parce que le monde est plein de voleurs, d'imprévus, de fâcheux prêts à vous faire un procès pour un oui pour un non. Un avenir fragilisé c'est la garantie de nouveau "prospect". Et par ailleurs elles ont maintenant développé leur volet banque, retraite par capitalisation. Les compagnies d'assurance indiquent la voix, elles anticipent sur notre futur proche et pour baliser le terrain elles recrutent via des prestataire des télévendeurs, niveau bac + 2 nécessaire, à 1000 euros par mois, du bétail mal payé, formé gratuitement au marketing direct et lâché dans la mêlée.
J'étais curieux d'essayer ce job de plus et puis c'était la seule opportunité du moment. Je trimballais mon "Droit à la paresse" de Lafarge dans la poche revolver, un Charlie Hebdo sur le tableau de bord de ma caisse aussi, histoire d'afficher ma ferme hostilité à l'agitation de cette antichambre néo libérale. Après avoir passé les barrages : entretien téléphonique, formation non rémunérée s'apparentant à du bourrage de crâne façon Programmation Neuro-Linguistique. J'ai tenu bon, 2 jours seulement. Et puis un éclair de génie : je ne peux pas faire ça, je boufferai des nouilles le temps qu'il faudra mais non, les gens ne méritent pas que leur téléphone devienne un bouche ouverte sur un puit de bizness. La pub s'insinue partout mais de là à participer à la grande messe de l'hypocrisie ...
Ce genre de métier tourne autour d'un vocabulaire, d'un jargon, développé par des psychologues de l'école américaine qui pour aller vite cherche à manipuler le client comme Pavlof stimulait son chien. D'une part on ne prend pas le client pour un lapin de 6 semaines, non ces gens là ont des émotions. Toujours respecter le gibier sinon il vous sent arriver. En plus de venir déranger les clients chez eux il restait ensuite à les traquer comme on coince une poule au fond d'un poulailler, c'est la technique de l'entonnoir. Ami fragile, timide, fatigué de répondre au téléphone sache que l'entonnoir est ton second chez toi. Sitôt développé l'argumentaire de vente et les plus produit le sourire téléphone viendra te cueillir toi le pigeon qui n'aime rien tant "qu'on te parle de toi" . On ira jusqu'à reprendre tes mots, traquer le SONCAS pour Securité Orgueil Nouveauté Confort Argent Sympathie car avec le PPISS rien n'est impossible.
POLITESSE . La prise de contact est un papier cadeau.
PRESENTATION Amusez-vous !
IDENTIFICATION Je comprends
SYMPATHIE
SOURIRE
au préalable on aura banni de son vocabulaire tous les mots noirs : "ne pas , petit, problème, ne vous inquiétez pas, non, souci"
En réfléchissant il s'agit bien de parler à moitié, d'éviter les malentendus alors que le langage même se base sur l'incompréhension et sur la nécessité de négocier en société pour se comprendre. Non il n'est pas question de négocier mais de vendre, si vous laissez le choix, le client dira non. Donc si on résume des chômeurs n'ont pas le choix : ils acceptent un sale boulot faute de mieux, les particuliers n'ont pas le choix ils décrochent leur téléphone, les actionnaires des compagnies d'assurance n'ont pas le choix : il doivent engranger des dividendes pour... pour quoi déjà ? Ah oui pour se préserver dans un monde de moins en moins sûr. Et ainsi de suite... Les candidats à la présidentielle ont remis la valeur travail au milieu de leur préoccupation. Mais de quel travail s'agit-il au juste ?
la méthode en ACIER

Accepter : "je comprends"
Creuser : "qu'est-ce qui vous retient ?"
Isoler : "c'est bien la seule chose qui vous gêne"
Eclairer : " alors je vous rassure ... c'est sans engagement"
Relancer : "alors que préférez-vous ? En début ou en fin de semaine ?"
Désormais vous êtes cernés. Ne répondez plus au téléphone !
Prochainement EL Fernando blanchisseur.
Musique : Cold Wind/Arcade Fire
16:45 Publié dans Essayeur de job | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : assurances, précarité, emplois, télévente, marketing, chomage
mardi, 06 février 2007
Hommage à Philippe Noiret
En passant voici une adaptation personnelle d'un dialogue extrait d'"Uranus" de Claude Berri ou Philippe Noiret avec son phrasé, posait musicalement un long monologue, expliquant le drame et la philosophie de son "bon" personnage observant les humains et leurs jeux "anodins" en temps de guerre.
L'instrumental accompagnant est de IV my people et BOSS "le clash". (Cliquez sur podcast et n'hésitez pas à monter le son)
Respect au Grand seigneur.

Et les mots de Jean Rochefort.
10:28 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Noiret, Rochefort, NTM, Uranus, Claude Berri, cinéma, rap

























