mercredi, 28 février 2007
"La raison du plus faible" en temps d'élection.
Quel bruit ça fait le désespoir des pauvres ? Je le connais pourtant ce bruit, non c'est pas dans le feutré, c'est pas l'écho de la souffrance sur un plateau où "100 gens de tous les jours" s'émeuvent et s'étalent face à des candidats au changement, non le désespoir c'est silencieux, c'est refoulé, c'est petit comme un pépin au dedans, dense comme un noyau atomique, ça menace de péter, de partir en vrille, mais ça se tient, ça sert les dents, le désespoir ça a de l'honneur et quand y'a plus rien à espérer, quand à force de dire "on verra venir" on sait même plus ce qui doit venir. C'est digne voilà ce que c'est. Comme ce RMIste contraint de creuser lui-même la tombe de son père faute de monnaie sonnante et trébuchante. Les croquants aiment s'émouvoir, se réveillent quand les images sont spectaculaire, quand la misère est catastrophique, noyée sous les eaux, alignée sous des tentes rouges. Mais à la vérité c'est petit la misère, c'est fait de petits riens et d'entraide, c'est des jardins ouvriers c'est le gars tout seul qui surveille sa chaine, le bruit des bouteilles qui s'entrechoquent, tintement du verre. L'oeil aguerri pour traquer celle qui sort du rang, la bouteille couchée qui menace le cheminement de l'ensemble.
Les mots des candidats ça pèse que dalle face à la misère du jour le jour, au trimard du jour le jour, sans plus rien comme raison d'espérer sinon d'imaginer qu'entre un casse et le loto y'a ptet une solution. les fragiles, les soumis, les étiquetés, les jardins ouvriers, y'a dans ce film une chose qui crève les yeux : Rien ne change vraiment , la pauvreté ça se prononce différemment, ça s'anglicise, on fait des "working poor" mais ça pue toujours l'ennui, l'humiliation, l'espoir décu. Y'a dans ce film, les remerciés de la grande industrie, les diplômés sans job, les ex-taulards grillés tentant de se réinsérer sur le fil, y'a une boule dans la gorge. Parce que c'est quasiment de la tragédie grecque, un destin sans porte de sortie, malgré l'orgueil et la rage de s'en sortir. C'est inutile de raconter l'intrigue : en gros, y'a des gars qui voudraient payer une mobylette à un pote pour que sa femme se crève plus à prendre le bus pour aller à l'usine. Et comme toujours, quand on n'a pas le pognon l'imagination fait le reste, ça nous parle du phénomène des vases communicants, le trop plein d'un côté et rien de l'autre. C'est silencieux le désespoir, c'est Lucas Belvaux en "taiseux" malmené par la vie. Rude mais juste.
Le DVD sort le 8 mars si vous aviez aimé la trilogie Cavale, Un couple épatant, et Après la vie vous retrouverez la même intensité sincère.
16:53 Publié dans L'écran d'El Fernando | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : précarité, Belvaux, cinéma, Régnier, misère, roman noir, présidentielle
lundi, 23 octobre 2006
Lueurs dans l'obscurité. "Kekexili" et "Les fils de l'homme"
Cette nervosité là il là connaissais trop. Du moins il en connaissait les prémisses, les effets, l'incomfort de ses accents. A lutter contre cette intranquillité il s'épuisait dès l'aube et passait ensuite des journées possibles peut-être, à demi-éveillé. Dans une sorte d'hypnose implacable diluant le temps entre deux fenêtres de lucidité. Il était cet ours au fond qui, d'une dernière hibernation a choisi de ne pas revenir.

Tel est le personnage joué par Clive Owen dans le dernier film d'Alfonso Cuaron : "Les fils de l'homme." Choqué par l'ampleur du chaos qui l'entoure, par la complexité des choses il ne s'implique plus, persuadé que sa contribution ne serait qu'une goutte d'eau dans un océan de chaos. Il faudra plusieurs chocs pour qu'enfin il se revéille et s'invente un destin. C'est actuel, non seulement parce qu'on y brasse de la matière future à court terme, le héros pourrait être né en l'an 2000. En 2027 sur une planète promise au chaos puisque les femmes ne peuvent plus donner la vie il est question de quelques plans séquences pour mettre en perspective le destin d'une personne avec un but, une mission au milieu du chaos et de la violence . Ce serait pour ainsi dire un reportage en pleine débâcle, en pleine effusion instinctive. Un concentré de ce que sont toutes les guerres civiles. Le film très abouti visuellement nous présente un futur justement réaliste, un futur qui d'une certaine façon ne serait qu'une agravation de nos maux actuels : destruction écologique, fanatisme, terrorisme, obsession de la sécurité et du contrôle. Quand "1984" en son temps nous renvoyait l'image de nos sociétés d'information sous contrôle, contrôle de la pensée avant tout. "Les fils de l'homme" nous renvoit l'image dune humanité gémissante, constatant sa perte de repère, perdue et fonçant dans le mur le plus vite possible comme s'il lui tardait d'en finir. le personnage joué par Michael caine est comme une balise rassurante au milieu du chaos de cette Angleterre faciste. Vieux baba, réfugié au fond de sa forêt, accroché à ses vieux principes, à sa musique, à ses joints... Ce film anticipe brillament sur ce qui arrivera si la dérive se poursuit, mais malgré le chaos il porte un message d'espoir.
"Kekexili, la patrouille sauvage" est un choc. Inspiré de faits réels il y est question de la lutte entre les braconniers d'Antilope tibétaine dont les agissements menacent cette espèce de disparition et une poignée de patrouilleurs, guidé par un chef jusqu'auboutiste entre 1993 et 1996. Contrairement à ce que nous vend la bande-annonce américaine il n'est pas question d'un peuple qui se révolte dans des paysages splendides pour la survie de sa culture. Non, le propos est bien plus complexe et donc réaliste. Pas de Tibet de carte postale. La scène d'ouverture résume le film. On abat les antilopes et les hommes avec le même sang froid, leurs vies ont la même valeur. c'est comme-çi la nature tranchait quoi qu'il arrive. La valeur de la vie dans cette région est toute ralative, il n'y a pas à en discuter. La nature fait son oeuvre, on dépèce les cadavres pour les vautours, que la chair alors retourne à son cycle. Ce qu'il y a de commun avec "les fils de l'homme" c'est l'atmosphère de tension, l'état de guerre permanent, l'abscence de paix possible sans sacrifices. Dans Kekexili un journaliste qui permettra à l'histoire d'émerger suit la patrouille, oeil extérieur il n'intervient pas. C'est le point de vue objectif de l'innocence que porte le nouveau-né dans "Les fils de l'homme". Mais à trop faire des parallèles on ne dit rien de vraiment essentiel, le seul intérêt au fond dans la confrontation de ces deux oeuvres c'est l'idée qu'elles portent de l'espoir, au milieu du chaos, de l'injustice, peu gardent des repères, mais tout se passe comme si l'intégrité de quelques uns étaient le gage d'un avenir meilleur. Très Christique comme morale, mais c'est là qu'est la modernité de jésus, il avait peut-être saisi un peu du sens de l'Histoire de l'humanité, elle n'avance qu'au prix de sacrifices et de mise en danger pour lentement, péniblement ouvrir les yeux.
13:35 Publié dans L'écran d'El Fernando | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, les fils de l'homme, kexili la patrouille sauvage, Michael Caine, Clive Owen, et dieu dans tout ça
vendredi, 21 avril 2006
"On ne naît qu'une fois, on ne meurt qu'une fois, y se passe rien d'autre"

El fernando ça n'est évidemment pas mon nom, c'est le blaze d'un républicain espagnol que j'ai croisé sur les bords du Drac il y a 10 ans de celà et qui nous a quitté depuis, EL, parce qu'unique. Il avait la noblesse des coeurs portés par un idéal, que la vie s'efforce de fracasser et qui tienne envers et contre tout. Fernando, Républicain espagnol pour les plus jeunes ça ne veut pas dire grand chose, pour les autres avec des souvenirs, la mélancolie et des fois une chanson de ferré qui tourne en boucle sous la caboche, c'est un rappel d'une sale période, sale époque ou les bruns préparaient le terrain pour bouffer l'Europe entière, et où l'idée de l'europe justement, quelques milliers l'avaient chevillée au corps jusqu'à partir se sacrifier en pleine guerre civile espagnole. Anglais, Français, Allemands, de partout, pleins de convictions et d'idéaux... Mais là je vois pas bien où je m'embarque... c'est assez curieux que ce film m'amène à parler de la guerre d'Espagne, alors qu'il en est à l'exact opposé, il ne parle pas d'engagement politique, de partisans... Et pourtant il y est question d'engagement, d'otage... Tzameti est terriblement actuel malgré le noir et blanc, un film sur la condition humaine peut-être ...13 Tzameti de Gela Babluani, c'est l'individu réduit à sa plus simple expression : la survie. Le héros, c'est un clandestin, pas un résistant non, plutôt un chien de combat, une image de l'engagement dans le milieu des paris clandestin, où l'on pèse sa vie en biftons, avec des macs entourant l'arène. Métaphore du monde moderne ? Ou des gladiateurs miteux attendent qu'un jeu du chronomètre en laisse quelques uns sur le tapis. Dans Tzameti, le hasard dicte sa loi à quelques joueurs, aux abois, n'ayant d'autres choix que de mettre leur existence dans la balance pour une poignée d'euros. Ce qui étonne c'est l'aspect vénal permanent, pas de joie, juste une excitation malsaine et blasé chez les parieurs, fonctionnaires de morgue, regardant les autres mourir pour eux, mais "on achève bien les chevaux".
Il y a bien le tableau de Goya, Chronos bouffant ses enfants. Une image de l'humanité cannibale, qui pour un amusement las en sacrifie quelques uns. Mais ça n'est peut-être pas ça. Sinon ça se saurait, est-on devenu cynique à ce point ? Qu'on longe la folie un film entier sans jamais y tomber, restant dans l'entre-deux avec une sensation étrange d'inachevé. Le héros entame un voyage dont a priori on ne revient pas, c'est bancal, mal joué par instant. Mais ça n'a pas d'importance on sent qu'une énergie tient le tout, que la mise en scène, le Cinémascope, les gueules, le beau noir et blanc qui rappelle "le couteau dans l'eau" de Polanski, les lumières dans le cercle de mort nous pousse à croire qu'on est en enfer à cet instant, un enfer absurde, sans échappatoire. Ca n'est pas "Voyage au bout de l'enfer" de Cimino où le même jeu suicidaire de la roulette tenait Christopher Walken en lisière de la mort, déjà mort, dépendant à la pire des saloperies morbides. Non dans Tzameti les joueurs sont volontaires et non prisonniers d'une sale guerre, où peut-être cette guerre sourde, larvée, de la misère de l'existence, héros vomitifs qui se chassent, tête à tête sordides, compression du temps. C'est chacun pour sa gueule et rien après, pas le plus petit rayon de lumière, hormis peut-être les sourires de la mère et de la soeur du héros, dont la subsistance dépend de son sacrifice après tout. Ce film est réaliste au fond et c'est ce qui rend le malaise plus intense, et c'est une raison suffisante pour courir le voir.
12:05 Publié dans L'écran d'El Fernando | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
mardi, 10 janvier 2006
Télévision au scanner
En conclusion du film de G. Clooney "Good night and Good luck" il ya cette profession de foi du héros : Edward R. Murrow parvenu sans courber l'échine, mais au prix de sa carrière, à défier Macarthy. Il dit à peu prêt ceci : la télé peut enseigner, éclairer des millions de personnes, elle est un instrument qui peut inspirer aussi mais à condition que ce soit le fruit d'une volonté, si l'on veut qu'elle ne soit qu'un instrument de divertissement, d'amusement et de cloisonnement, elle le restera. C'est une question de complaisance, ceux qui affirment que personne ne regardera des programmes destinés à éclairer, à informer qu'ont-ils au juste à perdre à essayer ? Si certains n'affirment pas la volonté d'utiliser cet instrument suivant ces principes alors la télévision n'est pas autre chose qu'un meuble lumineux.
C'était en 1958, quelle différence avec notre télé de 2006 ? Non, nous ne sommes pas soumis à la chasse aux sorcières, passées les habituelles dynamiques, homme politiques-journaliste-recettes publicitaire-démagogie. La question d'une télévision riche, lucide et utile ne se pose apparemment plus qu'en terme de pourcentage, les chaînes privées peuvent faire ce qu'elles veulent puisqu'Arte et la Cinquième remplissent leurs rôles de télés intelligentes (sic). Toujours ce magnifique cloisonnement français, on ne peut pas tout faire, soit on distrait, soit on informe. Et que dire des journaux télévisé, qui s'emballent désormais sans recul, avec non plus la volonté d'informer clairement mais plutôt de soumettre les spectateurs à des stimulis émotionnels, qui après quelques jours s'avèreront être des informations non vérifiés, des rumeurs... pour exemple le "train de l'enfer du nouvel an."
Très visuelle et choquante comme image mais information à peine étayée... juste de quoi donner du grain à moudre à quelques politiciens toujours sur la brêche et présentateurs en mal de sujet. Murrow ne parlait pas d'autre chose que d'intégrité, de conscience, mais nous dira t-on le cynisme emporte tout à la longue, l'énergie des jeunes journalistes volontaires que l'on usera comme on use les scénaristes, et réalisateurs motivés, porteurs de sujets intéressant mais pas "vendables", hors du créneau, "trop", entendez : trop vrai, trop en avance, trop moraux quand les gens veulent qu'on les délasse le soir et non qu'on leur administre une énième prise de conscience. La télé prozac contre la télé lucide, le choix n'a pourtant rien de cornélien, mais dans notre beau pays, on dira toujours que les gens ne sont pas prêts, parce qu'on l'a décidé d'avance... 
Si vous tendez l'oreille, à la radio, à la télé, dans la rue, au bureau, à l'usine, vous entendrez les beaux parleurs, les causeurs avec un avis sur tout, des spécialistes ouvrant des débats, tournant des pages. El Fernando a depuis longtemps décidé de n'être spécialisé en rien, sinon en vie intra-utérine 8 mois d'emblée, puis une trentaine d'années et quelque en vie intra-citadine, sirotant un petit biberon de réalisme acidulé quand amoureux des polars je dois subir les bluettes françaises décrivant la vie du commissariat flambant neuf de la PJ St Martin, aussi proche de la réalité qu'un épisode de Madame est servie le serait de votre vie familiale. Subir aussi les sagas de l'été, réunissant des millions de gogos autour d'un Dolmen de studio qui a tout d'un Menhir et qui nous solde une Bretagne en cirée jaune et intrigue à la "club des cinqs" j'ai mal à ma télé comme disait De Gaulle, main sur le coeur et téléphone à l'esgourde pour dicter sa vision des choses à l'ORTF. Les choses ont elles changées ?
Evidemment c'est mieux qu'en Italie où la totalité des chaînes est entre les mains d'un seul homme, mais chez nous c'est l'autocensure qui prime, la guerre préventive faite à l'intelligence des téléspectateurs conduit à l'écoulement régulier d'un bouillon immonde, d'une tambouille à laquelle Arte par à coups parvient à donner un peu de goût. Les fictions françaises c'est un fait et pas seulement policières, nagent dans le bonheur et le débile, les instits sont des Mac gyver, les flics des clones balladurisés d'un Roger Hanin qui s'essoufle, les brocanteurs sont psychologues et en fait de fictions on nous solde un téléthon des familles, qui fait oublié au quidam son petit quotidien délavé dans un jus de chausette en 52 minutes. Vent discret de la fiction ampoulée où le carrément foutraque et magique avec Mimmie matty en mère Térésa invisible côtoient les reconstitutions en costumes à faire mal aux yeux.
Seules entorses à ce sérialement correct : "Engrenages" sur canal et "Clara Sheller" puis retour aux remake et à l'utilisation de quelques scénaristes qui ont fait leurs preuves : les Maupassant, Alexandre Dumas et autres. A l'opposé les maudits ricains ont depuis longtemps saisi le potentiel du format télé, de la liberté qu'elle offre, de l'espace pour développer des histoires, faire grandir des personnages et amener la réflexion chez le télespectateur. On se plaint de notre télé en France parce qu'elle est uniforme, s'autocensure, se diperse dans le vulgaire et d'inutiles chroniques nombrilistes, le parisianisme tounant à vide, notre télé ne nous ressemble pas et pourtant quel outil ! Quel potentiel ! A quand une télé comme HBO aux états-unis qui développe des projets comme "Oz" ou "The Wire" en réunissant les meilleurs des scénaristes, des acteurs, des producteurs avisés, écrivains informés. Société civile au travail, penché sur sa réalité et analysant les faits sans fards, sans collusion, dénonciation réaliste au fond. Et il faudrait ajouter "The shield".
A quand une série reprenant en France les affaires de corruption des politiques, les liens coupables de la presse et des pontes du pouvoir depuis plus de trente ans, le tout en nous décrivant la réalité de la rue, des trimards, des gens qui se bougent ailleurs que sur les marchés typiques ou l'île aux enfants. Ni la télé , ni le ciné en France , à quelques exceptions (Les mauvais joueurs, 36 quai des orfèvres, Sur mes lèvres, le petit lieutenant...) ne se penche avec lucidité sur les réalités de tous les jours, des Pialat, Sautet, Beauvois... la télé américaine en a des équivalents prestigieux. Quand des noms comme ceux de David Simon, Edward Burns, chroniqueur pour la section criminelle du Sun et inspecteur de police. Dennis Lehane auteur de "Mystic River", George Pelecanos, auteur de polars et producteur des frères Coen dans les années 80 se penchent sur le berceau , nul doute que le bébé sera beau et digne de ses pères spirituels, imprégné de réalisme, à un point rarement atteint, comme le souligne ce site d'afficionados francophones de la première heure : The Wire - France.
Si la seule qualité de la série se limitait au réalisme celà finirait par ne mener nulle part, mais non les intrigues, les personnages, leurs faiblesse, leurs ambitions, leur ennui tout celà nous attache irrémédiablement à une poésie noire des jours de boulot. Prolos et notables. Au turbin les flics, les dealers, les dockers, les politicards, toutes les ruches bourdonnent et ce que le travail produit c'est en permanence du pognon, de la destruction, des solitudes citadines, alcool, prostitution, hypocrisie... des toxs qui s'en sortent, des flics qui plongent, des dealers qui voudraient rêver d'autre chose, des prédateurs... on retrouve le fond du fond de toutes nos sociétés. C'est Bukowski sur les docks. Avec pour la saison 3 un parfum de Western urbain en plus, quand un major de police, sans prévenir sa hiérarchie décide de nettoyer la ville de ses dealers en légalisant le deal sur des petites zones, édifiante démonstration alors du cynisme des politiciens, attachés à leur sondage, gouvernant non pour l'intérêt de la communauté mais dans un pur souci de préservation personnel, et d'ambition. C'est toute la politique des minorités, politique sécuritaire, l'absence de l'état américain sur le terrain social qui est illustré. Sale boulot laissé aux flics et au juges sans rien de concret du côté de la prévention. Ca ne vous rappelle rien ? La saison 4 sera consacré à l'éducation, sujet particulièrement d'actualité ici aussi, répression, éducation, et si tout celà restait quoi qu'il arrive une question de business ?

Saisons 1 et 2 en coffret DVD
09:31 Publié dans L'écran d'El Fernando | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
dimanche, 08 janvier 2006
El Fernando n'a pas sommeil

"Ce livre n'est pas seulement une insomnie, c'est aussi un voyage. L'insomnie appartient à qui a écrit le livre, le voyage à qui l'a fait." Antonio Tabucchi.
Je me suis verouillé à une machine expresso pour expérimenter l'insomnie sur plusieurs semaines. A quoi bon, me direz-vous ? A quoi bon mettre à mal un si précieux équilibre de veille et repos qui jusqu'alors me gardait pied vif et oeil alerte. A quoi bon des litres de café pour des pupilles en dilatation permanente, un esprit s'embrumant à mesure que je m'excite au clavier, peut-être pour les déphasages à la mesure du surprenant quotidien... C'est la vision de "The machinist" de Brad Anderson qui m'a jeté dans ces travers expérimentaux, dont je suis coutumier ( souvenirs de peyotl à la vision de "Blueberry" et "La forêt d'émeraude", Pastaga pour la rétrospective Jean-Marie Poiré à Sète et autre Marijeanne pour "Country man") Session 9 son précédent film approchait la question de la schizophrénie sur le versant homicide sanglant dans un ancien hopital psychiatrique désaffecté, flippant mais assez prévisible et brouillon. "The machinist" creuse le sillon du trouble de la personnalité avec un Christian Bale, habité par son rôle et qui au delà de la performance physique, parvient à vaciller à l'infini, maigre comme la mort, ouvrier en voie de disparition accroché au fil de ses souvenirs par quelques post-it sur un frigo. Hagard, regard vide, il erre sans but, juste la paranoîa pour tenir. Il est cette machine à vivre dont la conscience semble s'en être allé avec les derniers réflexes élémentaires de survie. Il ne dort plus, la frontière entre lui et le monde tient dans l'épaisseur d'un papier à cigarette, mais il est loin d'avoir la force de déchirer ce voile qui dissimule l'essentiel. Le sujet est creusé, lentement, surement, jusqu'au malaise. L'insomnie n'est peut-être qu'un symptôme alors, ou la chance d'ouvrir un autre champ de perception. "Fight club" de David Fincher d'après le roman de Palaniuk s'entame sur la même constatation, le héros ne dort plus, et comme Alice il traverse le miroir, "Fight Club" n'est pas un fim de résistance altermondialiste où une bande de nihilistes mettraient à bas la société de consommation et ses vitrines, comme pour "The machinist" c'est la mise en scène réelle d'une guérison à l'oeuvre, le machiniste va jusqu'à se réduire à l'essentiel, réduire son monde en peau de chagrin, devenir une enveloppe pour atteindre à l'essentiel, à la réponse. Tyler Durden, lui, détruit en lui, autour de lui, jusqu'à ce que la chute de ce monde, de ces tours sur l'échiquier change la donne du schéma où il est enfermé et l'amène à renaître du chaos qu'il aura crée. Guérison à l'oeuvre, lutte en chantier à l'intérieur d'un être, la figure du double est l'une des plus mythique de l'humanité, elle fascine et effraie à l'extrême, c'est en quelques sorte l'ABC de l'étrangeté cette image d'un double, Faust, le Horla, les frères Bogdanov, rien au fond n'est plus frappant visuellement que l'Autre héros, le Mister Hyde du docteur Jeckyll, le Gainsbarre du Gainsbourg a condition que le traitement qui en est fait ne soit pas purement manichéen.
Mais si la figure du double en cinéma continue d'être utilisée sur son versant psycho-pathologique dans une production contemporaine anglo-saxonne détaillant nos sociétés schizos, bousculées où des individus en perdition, s'inventent des repères tangents. Le double ouvre aussi au politique et au spirituel, "Mr Klein" de Joseph Losey et "Nocturne Indien" d'Alain Corneau sont encore à la lisière de l'insomnie et du dédoublement énigmatique. Dans "Mr Klein" c'est un grain de sable dans la machine qui va tout bouleverser, un journal reçu à la mauvaise adresse pour mettre un doigt dans la mécanique bien huilée de la collaboration et des rafles. Mr Klein, comme un héros de Kafka pose des questions bien plus vastes que son petit destin de bourgeois contraint à s'impliquer ne pourrait le laisser croire. Cet autre Mr Klein que tout le monde semble poursuivre, cet homme pourchassé, en danger permanent finira par offrir un destin à son double, ce Mr tout le monde qui délaisse ses attributs de lâcheté et d'immobilisme, sacrifiera son petit instint de conservation pour aller jusqu'au sacrifice et la déportation. C'est la question de la responsabilité anonyme qu'interroge Losey. Chacun préservant son petit "quant à soi" laisse faire, fait mine de ne pas remarquer les rafles, la disparition d'un voisin, d'un collègue. Delon, impeccable en Klein, finit par se laisser prendre par le courant, pour se fondre dans ce tout indistinct des déportés et leur donner un visage. "Je suis cet autre, je suis mon double".
Idem, pour "Nocturne Indien" adaptation du roman éponyme de Tabucchi où un homme parti à la recherche d'un ami disparu en Inde finit par se trouver lui même au bout d'un lent voyage halluciné. Corneau parvient grâce à une grande maîtrise à maintenir le rythme lent du livre, sorte de récit de voyage qui n'en serait pas un. Puissance évocatrice, étrangeté, ce qui importe dans cette quête d'un ami hypothétique, en de nombreux point semblable au narrateur, c'est que le héros, J.H Anglade, semble lui même transparent, d'une fadeur taoiste, parfait voyageur dès lors pour souligner la dureté et l'étrangeté des lieux qu'il traverse. Jeu de piste spirituel entre un homme et son double dérobé. Où on se demande qui au fond s'est vraiment perdu. "... Ne crois pas. Ne cherche pas. Tout est occulte." Fernando Pessoa, maître des personnalités multiples est évoqué et Tabucchi qui en est un grand lecteur dans la droite ligne de ces quelques mots interroge au fond le processus de l'écriture, de création lui même. Qui écrit ? Qui filme ? la véritable intrigue est là dans ce questionnement inutile. On ne pourra jamais qu'évoquer la figure du double, elle est avant tout une ouverture sur la question de l'être, question hautement spirituelle de l'ordre du "Qui sommes-nous ? Ou allons-nous ? Vous reprendrez un café ?" à laquelle l'humanité s'efforce de répondre manière comme une autre de passer le temps qu'il lui reste.
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samedi, 07 janvier 2006
L'écran d'El Fernando
Après Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.
Eastwood, Mann et Audiard sont sur un bateau
Et Qu’est-ce qu’ils se disent ? Où ne se disent pas. El Fernando avait une petite idée sur la question, et puis risquant le tout pour le tout je me suis dit que ça serait vraiment dommage de ne pas rendre possible cette rencontre improbable. J’ai donc contacté ces trois réalisateurs profitant de leur passage à Paris pour la promo et, soit que les attachés de presse n’aient pas fait leur boulot où qu’une succession d’impondérables leur aient interdit d’approcher la Seine de près ou de loin. Ils ne sont pas venus et votre serviteur au final s’est retrouvé bien concon, seul dans son petit zodiac de location sous le nez du zouave du pont de l’alma, à compter les poissons ventre en l’air et s’extasier sur la nouvelle gamme de peinture anti-corrosion des péniches de bobos. Et tandis que je tanguais tel un Bombard contrarié, genoux en croix, cherchant une explication à ce triple camouflet. J’ai fini par trouver. Sortes de réalisateurs autistes, Clint Eastwood, Jacques Audiard et Michael Mann ne savaient pas communiquer. Leurs personnages déjà donnaient des signaux dans ce sens. La malentendante de « Sur mes lèvres », l’inspecteur Harry maniant plus facilement le magnum que les verbes du Ier groupe, et Mann obsédé par le secret, le milieu et ses tueurs peu loquaces.

«Je fais ça pour vivre» dixit le Vincent tueur à sang froid dans «Collateral» du brillant Michael Mann. Mais je ne sais pas pourquoi je vis pourrait-on rajouter, à se demander d’ailleurs si tout au long du film ça n’est pas cette idée qui compte au-dessus de tout : en finir, terminer par un sacrifice, que la mort au final se dégage comme un principe de lucidité, de libération. Vincent sera le révélateur pour un chauffeur de taxi, dont les rêves ont fait long feu, irruption de la réalité qui le forcera à vivre enfin. Idem dans « Million Dollar baby » où on trouve une autre noirceur à l’œuvre mais tout autant cette impression de lassitude chez ce vieil entraîneur de boxe dont le travail est tout et que l’arrivée d’une jeune boxeuse va sortir de sa torpeur, de ses blessures entretenues. L’amitié comme une vieille cage aux barreaux rouillées faisant entendre sa musique quand Morgan Freeman, vieux boxeur borgne se prend d’affection pour la jeunette. Dans « De battre mon cœur s’est arrêté » de Jacques Audiard, on trouve un personnage à un point de basculement dans sa vie ; violent, en ayant fait son gagne pain, sans recul sur lui-même, il communique par les coups, autant dire qu’il ne sait plus communiquer. Il faudra une prof de piano dont il ne comprend pas la langue, la mort du père pour qu’il sorte enfin de l’ornière. Ces trois films sont bourrés de points communs, l’amour sauvera nos héros, les ramènera à la vie, les forçant à se faire violence. Seul Eastwood détonne, quand les autres reviennent à la vie, lui par amour disparaît. Atteignant une quasi immortalité. On s’attendrait presque au-delà de ce crépuscule de l’idole qu’il revienne d’entre les ombres dans un prochain film comme un Pale Rider centenaire qui se refuse à raccrocher les gants.
Collateral DVD
De battre mon coeur... DVD
Million Dollar baby DVD
15:00 Publié dans L'écran d'El Fernando | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, eastwood, collateral, cruise


























