mercredi, 28 février 2007

"La raison du plus faible" en temps d'élection.


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medium_la_raison_du....jpgQuel bruit ça fait le désespoir des pauvres ? Je le connais pourtant ce bruit, non c'est pas dans le feutré, c'est pas l'écho de la souffrance sur un plateau où "100 gens de tous les jours" s'émeuvent et s'étalent face à des candidats au changement, non le désespoir c'est silencieux, c'est refoulé, c'est petit comme un pépin au dedans, dense comme un noyau atomique, ça menace de péter, de partir en vrille, mais ça se tient, ça sert les dents, le désespoir ça a de l'honneur et quand y'a plus rien à espérer, quand à force de dire "on verra venir" on sait même plus ce qui doit venir. C'est digne voilà ce que c'est. Comme ce RMIste contraint de creuser lui-même la tombe de son père faute de monnaie sonnante et trébuchante. Les croquants aiment s'émouvoir, se réveillent quand les images sont spectaculaire, quand la misère est catastrophique, noyée sous les eaux, alignée sous des tentes rouges. Mais à la vérité c'est petit la misère, c'est fait de petits riens et d'entraide, c'est des jardins ouvriers c'est le gars tout seul qui surveille sa chaine, le bruit  des bouteilles qui s'entrechoquent, tintement du verre. L'oeil aguerri pour traquer celle qui sort du rang, la bouteille couchée qui menace le cheminement de l'ensemble.




Les mots des candidats ça pèse que dalle  face à la misère du jour le jour, au trimard du jour le jour, sans plus rien comme raison d'espérer sinon d'imaginer qu'entre  un casse et le loto y'a ptet une solution. les fragiles, les soumis, les étiquetés, les jardins ouvriers, y'a dans ce film une chose qui crève  les yeux : Rien  ne change vraiment , la pauvreté ça se prononce différemment, ça s'anglicise, on fait des "working poor" mais  ça  pue  toujours l'ennui, l'humiliation, l'espoir décu. Y'a dans ce film, les remerciés de la grande industrie, les diplômés sans job, les ex-taulards grillés tentant de se réinsérer sur le fil, y'a une boule dans la gorge. Parce que c'est quasiment de la tragédie grecque, un destin sans porte de sortie, malgré l'orgueil et la rage de s'en sortir. C'est inutile de raconter l'intrigue : en gros,  y'a des gars qui voudraient payer une mobylette à un pote pour que sa femme se crève plus à prendre le bus pour aller à l'usine.  Et comme toujours, quand on n'a pas le pognon l'imagination fait le reste, ça nous parle du phénomène des vases communicants, le trop plein d'un côté et rien de l'autre. C'est silencieux le désespoir, c'est Lucas Belvaux en "taiseux" malmené par la vie. Rude mais juste.  




Le DVD sort le 8 mars  si vous aviez aimé la trilogie Cavale, Un couple épatant, et Après la vie vous retrouverez la même intensité sincère.

mardi, 06 février 2007

Hommage à Philippe Noiret


En passant voici une adaptation personnelle d'un dialogue extrait d'"Uranus" de Claude Berri ou Philippe Noiret avec son phrasé, posait musicalement un long monologue, expliquant le drame et la philosophie de son "bon" personnage observant les humains et leurs jeux "anodins" en temps de guerre.medium_uranus.2.jpeg L'instrumental accompagnant est de IV my people et BOSS "le clash". (Cliquez sur podcast et n'hésitez pas à monter le son)

 Respect au Grand seigneur.



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 Et les mots de Jean Rochefort.







vendredi, 10 novembre 2006

Scénario au long court. Concours.

10e anniversaire du festival international des scénaristes !
28 mars au 1er avril à la Maison de la Culture de Bourges.


A ceux qui participent où souhaiteraient participer , il reste 5 jours, dernier sprint avant la clôture de l'appel à candidature pour la quatrième rencontre européenne de l'écriture pour l'image. Je planche, vous planchez, nous planchons... là-haut la bande annonce du festival d'il y a quelques années.medium_affiche-festival2006.jpg

Et içi la musique sur laquelle je compose mes dernières gammes d'apprenti pressé par le temps. Merci à Léo ferré pour son soutien de là où il se trouve. Et à ceux qui planchent et espèrent...
Dionysos_Thank_you_Satan sur l'album Avec léo

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lundi, 23 octobre 2006

Lueurs dans l'obscurité. "Kekexili" et "Les fils de l'homme"

On m'a raconté un nombre invraisemblable d'histoires, j'en ai oublié beaucoup. Les deux dernières sont des paraboles sur une humanité en train de se cogner à son destin. Non, des illustrations réalistes plutôt, des destins d'humains friables, contraint à un instant précis de prendre une décision importante pour une cause. Cette cause pour "les fils de l'homme" c'est rien moins que la survie de l'humanité.
Cette nervosité là il là connaissais trop. Du moins il en connaissait les prémisses, les effets, l'incomfort de ses accents. A lutter contre cette intranquillité il s'épuisait dès l'aube et passait ensuite des journées possibles peut-être, à demi-éveillé. Dans une sorte d'hypnose implacable diluant le temps entre deux fenêtres de lucidité. Il était cet ours au fond qui, d'une dernière hibernation a choisi de ne pas revenir. medium_children_of_men_14.jpg












Tel est le personnage joué par Clive Owen dans le dernier film d'Alfonso Cuaron : "Les fils de l'homme." Choqué par l'ampleur du chaos qui l'entoure, par la complexité des choses il ne s'implique plus, persuadé que sa contribution ne serait qu'une goutte d'eau dans un océan de chaos. Il faudra plusieurs chocs pour qu'enfin il se revéille et s'invente un destin. C'est actuel, non seulement parce qu'on y brasse de la matière future à court terme, le héros pourrait être né en l'an 2000. En 2027 sur une planète promise au chaos puisque les femmes ne peuvent plus donner la vie il est question de quelques plans séquences pour mettre en perspective le destin d'une personne avec un but, une mission au milieu du chaos et de la violence . Ce serait pour ainsi dire un reportage en pleine débâcle, en pleine effusion instinctive. Un concentré de ce que sont toutes les guerres civiles. Le film très abouti visuellement nous présente un futur justement réaliste, un futur qui d'une certaine façon ne serait qu'une agravation de nos maux actuels : destruction écologique, fanatisme, terrorisme, obsession de la sécurité et du contrôle. Quand "1984" en son temps nous renvoyait l'image de nos sociétés d'information sous contrôle, contrôle de la pensée avant tout. "Les fils de l'homme" nous renvoit l'image dune humanité gémissante, constatant sa perte de repère, perdue et fonçant dans le mur le plus vite possible comme s'il lui tardait d'en finir. le personnage joué par Michael caine est comme une balise rassurante au milieu du chaos de cette Angleterre faciste. Vieux baba, réfugié au fond de sa forêt, accroché à ses vieux principes, à sa musique, à ses joints... Ce film anticipe brillament sur ce qui arrivera si la dérive se poursuit, mais malgré le chaos il porte un message d'espoir.

"Kekexili, la patrouille sauvage" est un choc. Inspiré de faits réels il y est question de la lutte entre les braconniers d'Antilope tibétaine dont les agissements menacent cette espèce de disparition et une poignée de patrouilleurs, guidé par un chef jusqu'auboutiste entre 1993 et 1996. Contrairement à ce que nous vend la bande-annonce américaine il n'est pas question d'un peuple qui se révolte dans des paysages splendides pour la survie de sa culture. Non, le propos est bien plus complexe et donc réaliste. Pas de Tibet de carte postale. La scène d'ouverture résume le film. On abat les antilopes et les hommes avec le même sang froid, leurs vies ont la même valeur. c'est comme-çi la nature tranchait quoi qu'il arrive. La valeur de la vie dans cette région est toute ralative, il n'y a pas à en discuter. La nature fait son oeuvre, on dépèce les cadavres pour les vautours, que la chair alors retourne à son cycle. Ce qu'il y a de commun avec "les fils de l'homme" c'est l'atmosphère de tension, l'état de guerre permanent, l'abscence de paix possible sans sacrifices. Dans Kekexili un journaliste qui permettra à l'histoire d'émerger suit la patrouille, oeil extérieur il n'intervient pas. C'est le point de vue objectif de l'innocence que porte le nouveau-né dans "Les fils de l'homme". Mais à trop faire des parallèles on ne dit rien de vraiment essentiel, le seul intérêt au fond dans la confrontation de ces deux oeuvres c'est l'idée qu'elles portent de l'espoir, au milieu du chaos, de l'injustice, peu gardent des repères, mais tout se passe comme si l'intégrité de quelques uns étaient le gage d'un avenir meilleur. Très Christique comme morale, mais c'est là qu'est la modernité de jésus, il avait peut-être saisi un peu du sens de l'Histoire de l'humanité, elle n'avance qu'au prix de sacrifices et de mise en danger pour lentement, péniblement ouvrir les yeux.medium_kekexili.4.gif

samedi, 21 octobre 2006

Les Straub, Bouna et Zyed un an plus tard, des images d'aujourd'hui.

medium_straub2.jpgJe me souviens de cette émission : "le cercle de minuit" présenté à l'époque par Laure Adler, c'était il y 7 ou 8 ans et Paul Virillo, Enki Bilal, JM Straub et Danièle Huillet débataient du pouvoir des images. Les Straub surtout m'avaient impressionné, au sens où leur paroles, leurs présences m'avaient paru emprunt d'une indéfectible vérité, images liées aux actes et à la parole pleinement militante. Il était question de modernité et de la portée des images, du contrôle par et sur les images...

Laure Adler : qui contrôle ?

Paul Virilio : la peur. La peur d'être pauvre, d'être perdu, vaincu. La peur est la grande maîtresse du monde.

Danièle Huillet : la guerre civile en Yougoslavie...

Laure Adler : l'image devient un valet de notre peur collective ?

Paul Virilio : on a hérité d'une image qui est sortie de la dissuasion, d'une époque de la terreur, et même d'équilibre de la terreur, et il va falloir débarbouiller cette technique de tout cet impérialisme de la dissuasion, de ce résultat du complexe militaro-industriel. Écoutez Deleuze ! On va vers des sociétés de contrôle !

Jean-Marie Straub : je suis tout à fait d'accord, c'est très beau tout ce que vous venez de dire là, c'est la première fois qu'il y a des choses claires et sensées depuis qu'on est ensemble. Cet impérialisme-là, il vient d'où ? Comment va-t'on se débarrasser de l'impérialisme ? On va laisser Silicon Valley fleurir ? On est complètement colonisé !

Paul Virilio : on va continuer à faire ce qu'on fait, des dessins, des livres et des films.

Vous retrouverez d'ailleurs une retranscription de cette entretien içi. medium_straub.jpg et toute une série de liens autour de leurs oeuvres.

Quelques semaines plus tard je les avais croisé dans le métro. Ils étaient debout et en pleine discussion et je n'avais osé les interrompre pour sortir une banalité d'aficionado. Depuis ils ont fait des films, ils ont continué.
Danièle Huillet vient de mourir, et c'est l'occasion pour pas mal de monde de redécouvrir ces cinéastes, au sens exact du terme, pas des faiseurs d'image, non, mais de véritables porteurs de sens. Plusieurs articles d'Olivier SEGURET dans Libération détaille la portée de leur dernier film. et leur rapport au professionnel de la profession. et d'autre choses...
Pour ceux qui ne savent pas qui sont Jean-Marie Straub et Danièle Huillet il faut souligner combien depuis leurs débuts ils sont dans leur temps. Ce petit film sur le site de pierregrise.com vous le prouvera. Puisqu'il parait que c'est l'anniversaire des émeutes...medium_pierre_grise_distribution.jpg



CINETRACT. Le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, trois jeunes garçons affolés, poursuivis par la police, se réfugient dans le périmètre interdit d’un transformateur électrique.
Deux vont mourir, brûlés vifs, Bouna et Zyed. Si vous en pleurez encore...
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vendredi, 21 avril 2006

"On ne naît qu'une fois, on ne meurt qu'une fois, y se passe rien d'autre"

medium_tzameti.jpg



























El fernando ça n'est évidemment pas mon nom, c'est le blaze d'un républicain espagnol que j'ai croisé sur les bords du Drac il y a 10 ans de celà et qui nous a quitté depuis, EL, parce qu'unique. Il avait la noblesse des coeurs portés par un idéal, que la vie s'efforce de fracasser et qui tienne envers et contre tout. Fernando, Républicain espagnol pour les plus jeunes ça ne veut pas dire grand chose, pour les autres avec des souvenirs, la mélancolie et des fois une chanson de ferré qui tourne en boucle sous la caboche, c'est un rappel d'une sale période, sale époque ou les bruns préparaient le terrain pour bouffer l'Europe entière, et où l'idée de l'europe justement, quelques milliers l'avaient chevillée au corps jusqu'à partir se sacrifier en pleine guerre civile espagnole. Anglais, Français, Allemands, de partout, pleins de convictions et d'idéaux... Mais là je vois pas bien où je m'embarque... c'est assez curieux que ce film m'amène à parler de la guerre d'Espagne, alors qu'il en est à l'exact opposé, il ne parle pas d'engagement politique, de partisans... Et pourtant il y est question d'engagement, d'otage... Tzameti est terriblement actuel malgré le noir et blanc, un film sur la condition humaine peut-être ...13 Tzameti de Gela Babluani, c'est l'individu réduit à sa plus simple expression : la survie. Le héros, c'est un clandestin, pas un résistant non, plutôt un chien de combat, une image de l'engagement dans le milieu des paris clandestin, où l'on pèse sa vie en biftons, avec des macs entourant l'arène. Métaphore du monde moderne ? Ou des gladiateurs miteux attendent qu'un jeu du chronomètre en laisse quelques uns sur le tapis. Dans Tzameti, le hasard dicte sa loi à quelques joueurs, aux abois, n'ayant d'autres choix que de mettre leur existence dans la balance pour une poignée d'euros. Ce qui étonne c'est l'aspect vénal permanent, pas de joie, juste une excitation malsaine et blasé chez les parieurs, fonctionnaires de morgue, regardant les autres mourir pour eux, mais "on achève bien les chevaux".
Il y a bien le tableau de Goya, Chronos bouffant ses enfants. Une image de l'humanité cannibale, qui pour un amusement las en sacrifie quelques uns. Mais ça n'est peut-être pas ça. Sinon ça se saurait, est-on devenu cynique à ce point ? Qu'on longe la folie un film entier sans jamais y tomber, restant dans l'entre-deux avec une sensation étrange d'inachevé. Le héros entame un voyage dont a priori on ne revient pas, c'est bancal, mal joué par instant. Mais ça n'a pas d'importance on sent qu'une énergie tient le tout, que la mise en scène, le Cinémascope, les gueules, le beau noir et blanc qui rappelle "le couteau dans l'eau" de Polanski, les lumières dans le cercle de mort nous pousse à croire qu'on est en enfer à cet instant, un enfer absurde, sans échappatoire. Ca n'est pas "Voyage au bout de l'enfer" de Cimino où le même jeu suicidaire de la roulette tenait Christopher Walken en lisière de la mort, déjà mort, dépendant à la pire des saloperies morbides. Non dans Tzameti les joueurs sont volontaires et non prisonniers d'une sale guerre, où peut-être cette guerre sourde, larvée, de la misère de l'existence, héros vomitifs qui se chassent, tête à tête sordides, compression du temps. C'est chacun pour sa gueule et rien après, pas le plus petit rayon de lumière, hormis peut-être les sourires de la mère et de la soeur du héros, dont la subsistance dépend de son sacrifice après tout. Ce film est réaliste au fond et c'est ce qui rend le malaise plus intense, et c'est une raison suffisante pour courir le voir.

mardi, 10 janvier 2006

Télévision au scanner

En conclusion du film de G. Clooney "Good night and Good luck" il ya cette profession de foi du héros : Edward R. Murrow parvenu sans courber l'échine, mais au prix de sa carrière, à défier Macarthy. Il dit à peu prêt ceci : la télé peut enseigner, éclairer des millions de personnes, elle est un instrument qui peut inspirer aussi mais à condition que ce soit le fruit d'une volonté, si l'on veut qu'elle ne soit qu'un instrument de divertissement, d'amusement et de cloisonnement, elle le restera. C'est une question de complaisance, ceux qui affirment que personne ne regardera des programmes destinés à éclairer, à informer qu'ont-ils au juste à perdre à essayer ? Si certains n'affirment pas la volonté d'utiliser cet instrument suivant ces principes alors la télévision n'est pas autre chose qu'un meuble lumineux.
medium_2005sstv_nb.jpgC'était en 1958, quelle différence avec notre télé de 2006 ? Non, nous ne sommes pas soumis à la chasse aux sorcières, passées les habituelles dynamiques, homme politiques-journaliste-recettes publicitaire-démagogie. La question d'une télévision riche, lucide et utile ne se pose apparemment plus qu'en terme de pourcentage, les chaînes privées peuvent faire ce qu'elles veulent puisqu'Arte et la Cinquième remplissent leurs rôles de télés intelligentes (sic). Toujours ce magnifique cloisonnement français, on ne peut pas tout faire, soit on distrait, soit on informe. Et que dire des journaux télévisé, qui s'emballent désormais sans recul, avec non plus la volonté d'informer clairement mais plutôt de soumettre les spectateurs à des stimulis émotionnels, qui après quelques jours s'avèreront être des informations non vérifiés, des rumeurs... pour exemple le "train de l'enfer du nouvel an." Très visuelle et choquante comme image mais information à peine étayée... juste de quoi donner du grain à moudre à quelques politiciens toujours sur la brêche et présentateurs en mal de sujet. Murrow ne parlait pas d'autre chose que d'intégrité, de conscience, mais nous dira t-on le cynisme emporte tout à la longue, l'énergie des jeunes journalistes volontaires que l'on usera comme on use les scénaristes, et réalisateurs motivés, porteurs de sujets intéressant mais pas "vendables", hors du créneau, "trop", entendez : trop vrai, trop en avance, trop moraux quand les gens veulent qu'on les délasse le soir et non qu'on leur administre une énième prise de conscience. La télé prozac contre la télé lucide, le choix n'a pourtant rien de cornélien, mais dans notre beau pays, on dira toujours que les gens ne sont pas prêts, parce qu'on l'a décidé d'avance... medium_the_wire.3.jpg
Si vous tendez l'oreille, à la radio, à la télé, dans la rue, au bureau, à l'usine, vous entendrez les beaux parleurs, les causeurs avec un avis sur tout, des spécialistes ouvrant des débats, tournant des pages. El Fernando a depuis longtemps décidé de n'être spécialisé en rien, sinon en vie intra-utérine 8 mois d'emblée, puis une trentaine d'années et quelque en vie intra-citadine, sirotant un petit biberon de réalisme acidulé quand amoureux des polars je dois subir les bluettes françaises décrivant la vie du commissariat flambant neuf de la PJ St Martin, aussi proche de la réalité qu'un épisode de Madame est servie le serait de votre vie familiale. Subir aussi les sagas de l'été, réunissant des millions de gogos autour d'un Dolmen de studio qui a tout d'un Menhir et qui nous solde une Bretagne en cirée jaune et intrigue à la "club des cinqs" j'ai mal à ma télé comme disait De Gaulle, main sur le coeur et téléphone à l'esgourde pour dicter sa vision des choses à l'ORTF. Les choses ont elles changées ? Evidemment c'est mieux qu'en Italie où la totalité des chaînes est entre les mains d'un seul homme, mais chez nous c'est l'autocensure qui prime, la guerre préventive faite à l'intelligence des téléspectateurs conduit à l'écoulement régulier d'un bouillon immonde, d'une tambouille à laquelle Arte par à coups parvient à donner un peu de goût. Les fictions françaises c'est un fait et pas seulement policières, nagent dans le bonheur et le débile, les instits sont des Mac gyver, les flics des clones balladurisés d'un Roger Hanin qui s'essoufle, les brocanteurs sont psychologues et en fait de fictions on nous solde un téléthon des familles, qui fait oublié au quidam son petit quotidien délavé dans un jus de chausette en 52 minutes. Vent discret de la fiction ampoulée où le carrément foutraque et magique avec Mimmie matty en mère Térésa invisible côtoient les reconstitutions en costumes à faire mal aux yeux. Seules entorses à ce sérialement correct : "Engrenages" sur canal et "Clara Sheller" puis retour aux remake et à l'utilisation de quelques scénaristes qui ont fait leurs preuves : les Maupassant, Alexandre Dumas et autres. A l'opposé les maudits ricains ont depuis longtemps saisi le potentiel du format télé, de la liberté qu'elle offre, de l'espace pour développer des histoires, faire grandir des personnages et amener la réflexion chez le télespectateur. On se plaint de notre télé en France parce qu'elle est uniforme, s'autocensure, se diperse dans le vulgaire et d'inutiles chroniques nombrilistes, le parisianisme tounant à vide, notre télé ne nous ressemble pas et pourtant quel outil ! Quel potentiel ! A quand une télé comme HBO aux états-unis qui développe des projets comme "Oz" ou "The Wire" en réunissant les meilleurs des scénaristes, des acteurs, des producteurs avisés, écrivains informés. Société civile au travail, penché sur sa réalité et analysant les faits sans fards, sans collusion, dénonciation réaliste au fond. Et il faudrait ajouter "The shield".
A quand une série reprenant en France les affaires de corruption des politiques, les liens coupables de la presse et des pontes du pouvoir depuis plus de trente ans, le tout en nous décrivant la réalité de la rue, des trimards, des gens qui se bougent ailleurs que sur les marchés typiques ou l'île aux enfants. Ni la télé , ni le ciné en France , à quelques exceptions (Les mauvais joueurs, 36 quai des orfèvres, Sur mes lèvres, le petit lieutenant...) ne se penche avec lucidité sur les réalités de tous les jours, des Pialat, Sautet, Beauvois... la télé américaine en a des équivalents prestigieux. Quand des noms comme ceux de David Simon, Edward Burns, chroniqueur pour la section criminelle du Sun et inspecteur de police. Dennis Lehane auteur de "Mystic River", George Pelecanos, auteur de polars et producteur des frères Coen dans les années 80 se penchent sur le berceau , nul doute que le bébé sera beau et digne de ses pères spirituels, imprégné de réalisme, à un point rarement atteint, comme le souligne ce site d'afficionados francophones de la première heure : The Wire - France.
Si la seule qualité de la série se limitait au réalisme celà finirait par ne mener nulle part, mais non les intrigues, les personnages, leurs faiblesse, leurs ambitions, leur ennui tout celà nous attache irrémédiablement à une poésie noire des jours de boulot. Prolos et notables. Au turbin les flics, les dealers, les dockers, les politicards, toutes les ruches bourdonnent et ce que le travail produit c'est en permanence du pognon, de la destruction, des solitudes citadines, alcool, prostitution, hypocrisie... des toxs qui s'en sortent, des flics qui plongent, des dealers qui voudraient rêver d'autre chose, des prédateurs... on retrouve le fond du fond de toutes nos sociétés. C'est Bukowski sur les docks. Avec pour la saison 3 un parfum de Western urbain en plus, quand un major de police, sans prévenir sa hiérarchie décide de nettoyer la ville de ses dealers en légalisant le deal sur des petites zones, édifiante démonstration alors du cynisme des politiciens, attachés à leur sondage, gouvernant non pour l'intérêt de la communauté mais dans un pur souci de préservation personnel, et d'ambition. C'est toute la politique des minorités, politique sécuritaire, l'absence de l'état américain sur le terrain social qui est illustré. Sale boulot laissé aux flics et au juges sans rien de concret du côté de la prévention. Ca ne vous rappelle rien ? La saison 4 sera consacré à l'éducation, sujet particulièrement d'actualité ici aussi, répression, éducation, et si tout celà restait quoi qu'il arrive une question de business ?medium_ep37_omar_bro_mouzz.jpg
Saisons 1 et 2 en coffret DVD

samedi, 07 janvier 2006

L'écran d'El Fernando

medium_cruise1.jpgAprès Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.

Eastwood, Mann et Audiard sont sur un bateau

Et Qu’est-ce qu’ils se disent ? Où ne se disent pas. El Fernando avait une petite idée sur la question, et puis risquant le tout pour le tout je me suis dit que ça serait vraiment dommage de ne pas rendre possible cette rencontre improbable. J’ai donc contacté ces trois réalisateurs profitant de leur passage à Paris pour la promo et, soit que les attachés de presse n’aient pas fait leur boulot où qu’une succession d’impondérables leur aient interdit d’approcher la Seine de près ou de loin. Ils ne sont pas venus et votre serviteur au final s’est retrouvé bien concon, seul dans son petit zodiac de location sous le nez du zouave du pont de l’alma, à compter les poissons ventre en l’air et s’extasier sur la nouvelle gamme de peinture anti-corrosion des péniches de bobos. Et tandis que je tanguais tel un Bombard contrarié, genoux en croix, cherchant une explication à ce triple camouflet. J’ai fini par trouver. Sortes de réalisateurs autistes, Clint Eastwood, Jacques Audiard et Michael Mann ne savaient pas communiquer. Leurs personnages déjà donnaient des signaux dans ce sens. La malentendante de « Sur mes lèvres », l’inspecteur Harry maniant plus facilement le magnum que les verbes du Ier groupe, et Mann obsédé par le secret, le milieu et ses tueurs peu loquaces.

«Je fais ça pour vivre» dixit le Vincent tueur à sang froid dans «Collateral» du brillant Michael Mann. Mais je ne sais pas pourquoi je vis pourrait-on rajouter, à se demander d’ailleurs si tout au long du film ça n’est pas cette idée qui compte au-dessus de tout : en finir, terminer par un sacrifice, que la mort au final se dégage comme un principe de lucidité, de libération. Vincent sera le révélateur pour un chauffeur de taxi, dont les rêves ont fait long feu, irruption de la réalité qui le forcera à vivre enfin. Idem dans « Million Dollar baby » où on trouve une autre noirceur à l’œuvre mais tout autant cette impression de lassitude chez ce vieil entraîneur de boxe dont le travail est tout et que l’arrivée d’une jeune boxeuse va sortir de sa torpeur, de ses blessures entretenues. L’amitié comme une vieille cage aux barreaux rouillées faisant entendre sa musique quand Morgan Freeman, vieux boxeur borgne se prend d’affection pour la jeunette. Dans « De battre mon cœur s’est arrêté » de Jacques Audiard, on trouve un personnage à un point de basculement dans sa vie ; violent, en ayant fait son gagne pain, sans recul sur lui-même, il communique par les coups, autant dire qu’il ne sait plus communiquer. Il faudra une prof de piano dont il ne comprend pas la langue, la mort du père pour qu’il sorte enfin de l’ornière. Ces trois films sont bourrés de points communs, l’amour sauvera nos héros, les ramènera à la vie, les forçant à se faire violence. Seul Eastwood détonne, quand les autres reviennent à la vie, lui par amour disparaît. Atteignant une quasi immortalité. On s’attendrait presque au-delà de ce crépuscule de l’idole qu’il revienne d’entre les ombres dans un prochain film comme un Pale Rider centenaire qui se refuse à raccrocher les gants.medium_de_battre.2.jpg
Collateral DVD
De battre mon coeur... DVD
Million Dollar baby DVD